Du spirituel dans l’indie-rock...

En 1911, Vassily Kandisky, dans son essai étrange « Concernant le spirituel dans l’art », a écrit « La musique a été depuis plusieurs siècles l’art qui s’est consacré non à la reproduction d’un phénomène naturel, mais plutôt à l’expression de l’âme de l’artiste. » À ses yeux, la musique jouissait d’un statut particulier : celui de rendre accessible à tout un chacun quelque chose de plus vaste que les choses simplement immédiates de la vie. De transmettre les profondeurs incroyables de l’âme humaine, et l’expérience grandiose de l’universel, de l’absolu. En janvier 2011, dans l’un des premiers articles du site, je me suis intéressé à la culture indépendante dans les milieux chrétiens. Le constat était relativement pessimiste, concluant que « l’Eglise a approximativement 10 à 15 ans de retard sur l’avant-garde, alors qu’elle aurait les moyens de la définir. » Aujourd’hui, j’aimerais faire une analyse inverse : quelle est la place de la spiritualité dans la culture dite indie ? Bien sûr, la culture indé est incroyablement vaste. Elle regroupe avant tout ceux qui revendiquent l’idée de pouvoir faire quelque chose de différent, de personnel, de la musique où la passion primerait sur le succès commercial, où l’esthétique l’emporterait sur le message. Cette esthétique peut être excessivement variée, du garage le plus bruyant à la twee pop la plus innocente. Et justement, parce qu’il y a une diversité d’esthétiques, il est possible d’appréhender la diversité d’approches du monde indie dans son rapport au spirituel. Au milieu de cette diversité indie, on trouve ainsi certains artistes qui préfèrent privilégier la dynamique de l’instant. L’important n’est pas de faire de grands discours sur la vie et l’univers, mais simplement de se focaliser sur l’ici et maintenant, sur des histoires simples de coeurs brisés, d’amour, d’amitiés,...

Nadia Bolz-Weber, des saints et des pécheurs...

Je n’aime pas les articles trop longs. Vous savez, on se dit « Ah, ça a l’air intéressant, mais c’est un peu long »… Et puis au final, on ne lit jamais le fameux article. Donc là j’ai fait un article court, parce que c’est important que vous découvriez Nadia Bolz-Weber en quelques mots et autrement que par le “portrait d’une pasteur punk” (??) des Inrocks. Ensuite vous pourrez faire vos recherches par vous-mêmes (et me dire ce que vous en pensez…). Un jour, j’étais comme vous. J’avais vu son nom apparaître à l’une ou l’autre occasion, puis je suis tombée sur un article de blog qui disait « Si vous voulez faire la connaissance de Nadia, regardez cette vidéo » (oui, je vous fais une mise en abîme sans supplément de prix aucun).   Quand on voit cette grande nana avec son débardeur et ses tatouages, on se dit «Ouhla, elle est pasteur ?» — pardon : «Ouhla, elle est pasteur dans l’église luthérienne ?» (si vous ne connaissez pas les Luthériens, sachez que c’est une dénomination chrétienne qui descend en droite ligne de Martin Luther. Protestants since 1517, ça pèse son poids en tradition). Donc récapitulons, Nadia Bolz-Weber est pasteur dans l’église luthérienne américaine — l’ELCA. Elle a plein de tatouages et elle dit des gros mots. Ah, et puis elle est fan de Doctor Who. On pourrait presque en déduire que c’est une extra- terrestre. Mais ce n’est pas une extra-terrestre. On se dit qu’elle n’a rien à faire là, puis on ne se rend compte qu’elle a tout à faire là. Ça avait plutôt mal commencé pour Nadia. Élevée dans une église très fondamentaliste où les femmes n’avaient aucune place, elle s’est vite rebellée. Elle part très tôt de la...

La foi de Sufjan Stevens...

Avez-vous déjà eu le sentiment d’être en communion avec certaines personnes sans même les connaître ? Ça m’est arrivé plusieurs fois. J’ai déjà parlé de ma communion personnelle avec le réformateur Martin Luther, mais je vis souvent les mêmes expériences avec d’autres. Le philosophe danois Sören Kierkegaard, l’auteur de science-fiction Philip K. Dick, l’activiste Shane Claiborne, ou encore le chanteur Sufjan Stevens. A chaque période de l’Avent, je remet en boucle ses disques de Noël. Cette année, j’ai de la chance, car le petit génie en a sorti 5 nouveaux, ce qui nous fait en tout plus d’une centaine de morceaux remplis de neige (même lorsqu’il fait beaucoup trop chaud dehors pour que l’on se sente vraiment à Noël). Ce n’est que la conséquence logique des autres mois de l’année. Depuis maintenant un long moment, Sufjan Stevens est l’un des artistes que j’écoute le plus, sans jamais vraiment me lasser de son univers onirique. Il faut admettre que Sufjan reste parfois un artiste difficile à cerner. Qui est-il exactement ? Le sauveur du folk ? Un chrétien compulsif ? Un joueur de banjo qui s’est reconverti dans les sonorités électroniques ? Un extra-terrestre conçu par des licornes ? Peut-être un peu de tout ça à la fois. Avant toute chose, Sufjan Stevens raconte des histoires, avec énormément de simplicité et de grâce. Son album Seven Swans, avec lequel je l’ai découvert, est probablement celui où ces histoires se dirigent le plus vers la spiritualité, de To be alone with You à Abraham, en passant par The Transfiguration et He woke me up again. Après avoir grandi dans une famille hippie du midwest Américain, entre les cours de yoga, les régimes macrobiotiques et les camps d’autoréalisation, Sufjan a fini par s’enraciner dans le christianisme, sous...

Martin Luther, un homme à la croisée des époques...

Il y a 529 ans jour pour jour, un enfant, probablement à la fois laid et magnifique, sortait des entrailles de sa mère, à l’Est de l’Allemagne actuelle. Comme tous les bébés, il a probablement crié. Ses parents l’ont baptisé Martin. Et ils ne le savaient pas encore, mais ils venaient de donner naissance à l’une des figures marquantes de la première moitié du XVIe siècle. Un homme dont le message allait diviser l’Europe, provoquer des guerres, mais aussi fournir à l’humanité de nouveaux horizons. Un homme répondant au nom de Martin Luther. Aujourd’hui, en 2012, on peut se demander ce qu’on peut faire de ce moine défroqué allemand, amateur de bière et de musique. Beaucoup seront sûrement tentés de le mettre à la poubelle pour jouir plus correctement de la modernité tardive contemporaine. Luther serait trop vieux, trop poussiéreux, trop allemand. Même en théologie, une fois passé les fondamentaux, beaucoup se concentrent davantage sur le personnage de Calvin. À Luther, on lui laisse une place de héros charismatique. C’est la tour Eiffel de la théologie : incontournable, mais pas si fondamental. Non, la vraie figure théologique, il semblerait que ce soit Calvin. Pourtant, je dois avouer que Luther est devenu pour moi un ami et un frère, là où Calvin est avant tout un dogmaticien austère. Luther est un être existant, fait de chair et d’os, avec une psychologie en phase avec sa pensée. Une pensée construite autour d’oppositions caractéristiques et originales. Une pensée du Moyen-Âge finissant, pourtant résolument moderne et rafraîchissante. Une pensée pas toujours très rationnelle, mais où l’on peut entrevoir les aléas de l’existence d’un homme très vrai, au milieu de ses doutes et de ses certitudes. En cela, j’ai appris beaucoup de choses avec lui. La première chose que...

L’évangile selon Mac : Bible et culture électronique...

Si je vous dis le mot Bible, à quoi pensez-vous ? Je suis sûr que pour beaucoup d’entre vous, la Bible est avant tout un livre (recouvert par la poussière), qui parle de trucs plus ou moins obscurs, mystérieux et très vieux, liés à Dieu. Pour d’autres, la Bible est, ou contient la Parole de Dieu. D’autres pensent que c’est un livre culturel qui a marqué la civilisation, mais qui n’a plus vraiment de valeur aujourd’hui. Effectivement, la Bible a quelques millénaires derrière elle. Ecrire par des dizaines de personnes sur des siècles, elle a alimenté la foi, la culture et la spiritualité de générations depuis très très longtemps. Elle a réussi à survivre aux générations, étant constamment redécouverte sous un nouveau jour et réinterprétée pour une génération et une époque. Cet article a pour but de donner quelques pistes de réflexion sur la manière dont la Bible pourrait être utilisée aujourd’hui, à l’heure d’internet et de l’électronique environnant. Ce ne sont pas de grandes réponses, ni des solutions, juste quelques pensées… La Bible n’est pas un livre, c’est une bibliothèque. Dans l’église ancienne, il n’y avait pas un livre unifié appelé Bible, il y avait une série de rouleaux, avec le livre d’Esaïe, le premier livre de Pierre, l’épître de Paul aux Romains, le rouleau de la Genèse et celui de l’évangile selon Marc. Ce n’est qu’avec l’apparition du livre que la Bible deviendra un livre unifié qui commence par la Genèse et se termine par l’Apocalypse. A la lumière de la culture électronique, il est urgent de se dégager de cette vision biaisée pour redécouvrir la Bible dans sa diversité. La Bible hypertexte Malgré sa diversité, cette bibliothèque fourmille de liens et d’interconnexions. La Bible intègre des écrits très différents, qui restent...

La rose du surfeur

Je me rappelle encore du jour où j’ai écouté les Pixies pour la première fois. C’était l’album Surfer Rosa, qui est sorti en 1988. Evidemment, je le découvrais avec 15 ans de retard, en 2003 (j’avais 2 ans quand Surfer Rosa est sorti, pardonnez-moi). Pour être honnête, je n’ai pas compris grand chose, sur le moment. Les guitares étaient dégueu, la batterie très incisive, et Frank Black avait l’air de chanter des trucs totalement débiles dont il se fichait. On sentait de la mélancolie et de la colère, mais c’était imprévisible, un brin sauvage et surtout très authentique. C’est après coup que j’ai compris leur importance dans l’histoire, et de l’importance qu’ils allaient revêtir dans mon histoire en particulier. Aujourd’hui, j’écoute relativement peu Surfer Rosa, et les Pixies en général. Mais ils restent pour moi un point de chute, une expérience fondatrice. Avec eux, j’ai compris qu’il était possible de faire quelque chose de différent, de personnel et d’authentique. De la musique où la passion primerait sur le succès commercial, où l’esthétique l’emporterait sur le message. Avec ce disque, j’ai découvert la culture indépendante, ce monde qui cherche à trouver nouvelles voies jamais été explorées, à repousser les limites de la créativité. On pourrait gloser sur le déclin de cet esprit radical et sur la standardisation de la culture indé. Mais ce n’est pas mon propos ici. La question que j’aimerai poser est la suivante :  qu’en est-il des chrétiens ? Bon, il faut l’avouer, l’apport de la culture indépendante y est relativement nul, voire inexistant (sauf si vous êtes barbu et fan de hardcore). L’industrie musicale y ressemble à un truc en deux pôles, avec d’un côté des machins louange à trois guitaristes en Puma, et de l’autre des groupes pop-punk super énergiques à mèches....

Hello, World!

Vous vous êtes déjà amusés à taper le mot « revolution » dans Google ? Ca nous donne à l’heure actuelle 210 millions de références. Vous avez de tout : des anciens cocos nostalgiques qui veulent nous refaire le coup de la lutte finale (mais, demain, aujourd’hui, il faut distribuer des tracts…), des anarchistes violents ou pas prêts à se soulever contre l’état, des nationalistes, des anti-libéraux, des hardcore gamers, des écologistes, des informaticiens, des musiciens, et même des consultants en marketing… Et cette effervescence révolutionnaire est presque normale. La génération actuelle des 15-30 ans est au milieu d’un bourdonnement infini, d’un changement de civilisation, prétexte à toutes les tendances. Pour sûr, on se rappellera de nous demain. Je vois déjà les grands titres des livres d’histoire : « la génération entre numérique et terrorisme ». Et nos descendants se fendront probablement la gueule en lisant les articles actuels sur le web mobile et les tablettes numériques qui sont sensées être révolutionnaires ! Le monde change. Il a déjà changé, et il changera quoi qu’il arrive. Facebook. Twitter. Myspace. LinkedIn.YouTube. Tumblr. Google. [rajoutez ici le site de votre choix] Ils ont déjà changé notre façon de voir le monde et de communiquer les uns avec les autres. Certains disent qu’internet va même changer la façon dont notre cerveau fonctionne. Il s’adaptera à retenir de plus en plus d’informations, mais en contrepartie, l’immédiateté de ces médias virtuels diminuerait notre capacité à la concentration face à quelque chose de long et de compliqué. Dans la Bible, un type qui répond au doux prénom de Jacob s’allonge un soir en plein désert en utilisant une pierre comme oreiller. Dans son sommeil, il voit une échelle qui monte jusqu’au ciel, et des anges en montent et en descendent....