Une enquête sur le leadership – Le leader au naturel [2/5]...

Dans l’article précédent, j’avais commencé à esquisser les traits caractéristiques du leadership – le fait qu’il ait été importé du monde du management d’entreprise, qu’il se fonde sur un optimisme qu’il espère contagieux, et qu’il constitue LA tendance majeure dans la vie d’église contemporaine. Le leadership, donc, c’est le “it” accessoire de toute église qui a le vent en poupe. D’accord. Mais sur quoi est-ce que cela repose ? On l’a dit, les techniques de management d’entreprise sont en quelque sorte son origine généalogique – mais quels sont les principes fondamentaux qui permettent aux leaders de s’affirmer en tant que tels ? Quelles sont les justifications, les fondations de ce mode de pensée ? Parce qu’en général, lorsqu’une nouvelle “grille de lecture” des relations humaines apparaît – et le leadership est exactement une grille de lecture – elle ne peut se faire une place, être adoptée, promue, et finalement, être à la mode, que si elle se fonde sur des principes solides. Ou d’apparence solide. Or, là encore, le leadership, compris comme recherche de puissance et d’influence sur les autres, comme capacité à diriger et à communiquer des impulsions, a toujours été rapproché du monde animal: nous connaissons tous le stéréotype du “mâle alpha”, peut-être même sans trop savoir quels animaux fonctionnent selon cette logique de l’alpha. Même plus: les magazines de psychologie se sont tellement emparés de cette idée pour la transférer à l’homme que désormais, il y a fort à parier que lorsque l’on vous dit “mâle alpha”, c’est d’abord à un homme que vous pensez, et plus à un animal. Joli renversement de situation – mais pour clarifier tout ça, ce qu’il nous faut faire, c’est revenir à la source, aller questionner nos amies les bêtes, pour savoir comment ça marche...

Une enquête sur le leadership – Introduction [1/5]...

Depuis quelques années maintenant, le chrétien lambda, le “fidèle”, voit s’installer bon gré mal gré, au sein de son église qu’il connaît si bien et au rythme de vie tranquille, une curieuse tendance qui, une fois n’est pas coutume, nous tombe du Ciel après transit outre-Atlantique: cette houle écumant de bonnes intentions et d’hyper-activité savamment calculée se nomme leadership. Désormais, une église qui n’a pas de leader pour toutes sortes de tâches se trouve remballée au même rang qu’une voiture neuve sans direction assistée: leader de louange, leader-prédicateur, leader-jeunes, leader de leaders, cette accélération à tout prix de la performance ecclésiale ne cesse d’élever sa cadence au carré, sans qu’on sache bien si, comme s’en réclament ses adeptes fraîchement convertis au pieux management, the sky is the limit – voire même, osera-t-on, si le Ciel est vraiment ce qu’on vise … D’une façon générale, le socle du leadership chrétien, son credo, c’est un optimisme absolument indiscutable: la montée du leadership est un progrès, en lequel on peut avoir foi, mais qui, c’est tout le ressort de la nouveauté, n’est pas toujours reconnu – d’où la spiritualité d’un combat contre les traditions, contre l’état de choses. Le point commun de tous les sites de leaders, de leadership, d’inspirateurs de leaders, de formateurs de leaders, c’est cette certitude que le leadership est l’avenir de l’église. A ce stade, déjà, notre chrétien lambda fronce un peu le sourcil, il suspecte – il aimerait bien qu’on lui explique à quel titre cette pensée appliquée, dérivée un peu sous le manteau des plus douteuses techniques de management, pourrait bien se différencier de toutes les autres grandes fois dans le progrès. Depuis les Lumières jusqu’à la révolution russe, on a en effet bien vu qu’elles possèdent un double fond pas...

Les ABCD doivent mourir

Le 26 août 2014, Najat Vallaud-Belkacem arrivait au poste de ministre de l’Education Nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Sa nomination a été comprise comme une provocation par certains et les réseaux sociaux se sont déchaînés. Pourquoi ? Pour cela, revenons un peu en arrière, sur la question des ABCD de l’égalité. Lancés à titre expérimental à la rentrée 2013 dans 275 établissements, ils étaient destinés à lutter contre les stéréotypes filles-garçons à l’école. Tout avait plutôt bien commencé. Mais petit à petit, dans une atmosphère où les troupes ont été bien échauffées par La Manif pour Tous, ces ABCD se sont retrouvés dans le collimateur de pas mal de monde, notamment de Farida Belghoul, à l’origine de la fameuse «Journée de retrait de l’école». À coup de menaces : « les ABCD de l’égalité sont une tentative des lobbys gays pour ruiner la famille traditionnelle en imposant la théorie des genres. » À coups de folles rumeurs aussi : « les ABCD de l’égalité inciteraient les garçons à porter des jupes, on enseignera la masturbation en maternelle », et j’en passe. Un rapport d’évaluation atteste que le dispositif est un succès, mais l’appellation «ABCD de l’égalité» a du plomb dans l’aile. Le gouvernement recule un peu, mais n’abandonne pas l’idée d’un plan de lutte contre les stéréotypes. C’est en tout cas ce que Najat Vallaud-Belkacem réaffirmait le 20 juin : «L’école ne se construit pas avec des rumeurs. L’apprentissage de l’égalité filles-garçons est dans ses missions fondamentales». Maintenant, c’est elle la ministre de l’Éducation Nationale, et ça ne plaît pas à tout le monde. Au point que Jean-Pierre Denis, le directeur de rédaction de La Vie, s’est fendu d’un éditorial au titre accrocheur de « Faut-il avoir peur de Najat Vallaud-Belkacem ?» où il a été obligé de rappeler que «quand on en vient à s’en prendre à une personne et non plus à ses idées, c’est le signe d’une préoccupante dégradation de l’esprit public. Quand ces critiques viennent de milieux chrétiens, cela doit alerter, alarmer et attrister doublement» Pourquoi alors tant de foin pour un projet qui ne vise qu’à lutter contre les stéréotypes (parce que c’est bien de cela qu’il s’agit) et qui semble fonctionner ? Et comment en est-on venu à voir Farida Berghoul se féliciter de la «victoire de la convergence islamo-catholique» ? Car pour défendre ses dogmes, tout le monde arrive à s’entendre, apparemment. Que ce soit chez les musulmans, les catholiques ou les évangéliques, certains s’arc-boutent sur leurs positions au nom du Prophète, du Coran, du Dogme et de la Tradition ou encore de la Bible. Et surtout, surtout, on dit bien haut et bien fort qu’on est contre le gouvernement et on cède à toutes les paranoïas et à toutes les théories sur le complot LGBT, leur objectif étant la destruction de la famille (donc du monde). Beaucoup de bêtises sont dites.  Plus on a de choses sensationnalistes à poster sur les réseaux sociaux, mieux c’est. Alors que si on avait vraiment regardé le contenu des livres recommandés, on aurait pu se rendre compte que quelques petites merveilles s’y cachaient. Notamment Les joues roses de Malika Ferdjoukh (coeur <3) ! Au fond, même sans toutes ces campagnes médiatiques douteuses, et en y réfléchissant un peu, on se rend compte que même une simple lutte contre les stéréotypes filles-garçons est inacceptable dans tous les milieux religieux fondamentalistes qui restent proches d’une vision patriarcale véhiculée par leurs traditions. C’est beaucoup plus facile de taper sur la «théorie des genres» plutôt que de refuser de remettre en question ses stéréotypes sexistes. On pourrait développer une infinité d’exemples mais je vais me limiter à trois d’entre eux, car ce sont ces trois-là qui se présentent à mon esprit alors que j’écris cet article (c’est un peu arbitraire mais ce sont ceux qui m’ont le plus marquée récemment). Ils concernent le milieu évangélique, celui que je côtoie le plus...

Du spirituel dans l’indie-rock...

En 1911, Vassily Kandisky, dans son essai étrange « Concernant le spirituel dans l’art », a écrit « La musique a été depuis plusieurs siècles l’art qui s’est consacré non à la reproduction d’un phénomène naturel, mais plutôt à l’expression de l’âme de l’artiste. » À ses yeux, la musique jouissait d’un statut particulier : celui de rendre accessible à tout un chacun quelque chose de plus vaste que les choses simplement immédiates de la vie. De transmettre les profondeurs incroyables de l’âme humaine, et l’expérience grandiose de l’universel, de l’absolu. En janvier 2011, dans l’un des premiers articles du site, je me suis intéressé à la culture indépendante dans les milieux chrétiens. Le constat était relativement pessimiste, concluant que « l’Eglise a approximativement 10 à 15 ans de retard sur l’avant-garde, alors qu’elle aurait les moyens de la définir. » Aujourd’hui, j’aimerais faire une analyse inverse : quelle est la place de la spiritualité dans la culture dite indie ? Bien sûr, la culture indé est incroyablement vaste. Elle regroupe avant tout ceux qui revendiquent l’idée de pouvoir faire quelque chose de différent, de personnel, de la musique où la passion primerait sur le succès commercial, où l’esthétique l’emporterait sur le message. Cette esthétique peut être excessivement variée, du garage le plus bruyant à la twee pop la plus innocente. Et justement, parce qu’il y a une diversité d’esthétiques, il est possible d’appréhender la diversité d’approches du monde indie dans son rapport au spirituel. Au milieu de cette diversité indie, on trouve ainsi certains artistes qui préfèrent privilégier la dynamique de l’instant. L’important n’est pas de faire de grands discours sur la vie et l’univers, mais simplement de se focaliser sur l’ici et maintenant, sur des histoires simples de coeurs brisés, d’amour, d’amitiés,...

Les hipsters, les autres et moi...

Hipster. A-t-on encore besoin de définir ce terme aujourd’hui? Tous les grands journaux ont eu au moins une rubrique dédiée à ce “phénomène de société”. Les blogs pour les 20-35 ans semblent ne pas se lasser de ce terme qui semble si bien décrire un type de comportement, de style de vie, voire même de personnalité. Et pourtant, ce n’est pas si simple d’en trouver une définition précise sur le web… Voici les premiers résultats sur lesquels on tombe après une simple recherche google: “Une personne d’une vingtaine d’années qui se tient au courant et suit les dernières tendances de la mode, qui fréquente les lieux branchés, généralement de façon ostentatoire” nous dit l’internaute. “Un jeune de bonne famille, bien éduqué, à la recherche de la culture avant-gardiste”, d’après ladepeche.fr. “Le hipster est une version jeune, branché et hyper trendy du bobo. Il fuit la culture dominante, mais n’en est pas moins un grand consommateur de produits alternatifs et rebelles, ce qui en fait un gros client de la société de consommation”, selon dictionnaire-urbain.fr. Le but de cet article n’est pas de vous décrire avec précision ce qu’est un hipster ou bien d’observer comment le terme a évolué, je crois que beaucoup l’ont déjà fait. Mon propos est plutôt de poser la question : qu’est-ce que l’utilisation (à outrance) de ce mot révèle sur notre société et sur nos relations ? Besoin d’appartenance Bien que le terme soit utilisé pour tout et n’importe quoi aujourd’hui, je crois que l’on a tous en tête l’image du hipster : la chemise à carreaux, le pantalon retroussé, les coffee shops indépendants (et pas ‘cafés’), la barbe imposante, les robes/chaussures/bracelets/chemisiers/vestes en cuir/chaussettes vintage, burgers burgers burgers, les marques American Apparel et Urban Outfitters, Vice et Brain magazine, le “non-mainstream”...

Nadia Bolz-Weber, des saints et des pécheurs...

Je n’aime pas les articles trop longs. Vous savez, on se dit « Ah, ça a l’air intéressant, mais c’est un peu long »… Et puis au final, on ne lit jamais le fameux article. Donc là j’ai fait un article court, parce que c’est important que vous découvriez Nadia Bolz-Weber en quelques mots et autrement que par le “portrait d’une pasteur punk” (??) des Inrocks. Ensuite vous pourrez faire vos recherches par vous-mêmes (et me dire ce que vous en pensez…). Un jour, j’étais comme vous. J’avais vu son nom apparaître à l’une ou l’autre occasion, puis je suis tombée sur un article de blog qui disait « Si vous voulez faire la connaissance de Nadia, regardez cette vidéo » (oui, je vous fais une mise en abîme sans supplément de prix aucun).   Quand on voit cette grande nana avec son débardeur et ses tatouages, on se dit «Ouhla, elle est pasteur ?» — pardon : «Ouhla, elle est pasteur dans l’église luthérienne ?» (si vous ne connaissez pas les Luthériens, sachez que c’est une dénomination chrétienne qui descend en droite ligne de Martin Luther. Protestants since 1517, ça pèse son poids en tradition). Donc récapitulons, Nadia Bolz-Weber est pasteur dans l’église luthérienne américaine — l’ELCA. Elle a plein de tatouages et elle dit des gros mots. Ah, et puis elle est fan de Doctor Who. On pourrait presque en déduire que c’est une extra- terrestre. Mais ce n’est pas une extra-terrestre. On se dit qu’elle n’a rien à faire là, puis on ne se rend compte qu’elle a tout à faire là. Ça avait plutôt mal commencé pour Nadia. Élevée dans une église très fondamentaliste où les femmes n’avaient aucune place, elle s’est vite rebellée. Elle part très tôt de la...

The Laddr, vers l’infini et au-delà...

The Laddr est né sur un bout de papier le 21 octobre 2010, il y a presque pile quatre ans. Lorsque j’ai créé ce site (qui s’appelait alors ijayp-laddr), c’était pour me créer un espace d’expression qui me soit personnel, et où je puisse m’exprimer librement. J’avais tout un tas de questionnements dans ma tête que j’avais envie de partager. Je pensais, avec un peu d’orgueil, que toutes ces pensées pouvaient un peu changer la vie des gens, ou au moins, leur manière de concevoir le monde. Cette idée m’est venue à la lecture d’un passage de la Bible, que l’on peut trouver dans le livre de la Genèse (18.10-19). L’auteur raconte l’histoire d’un type un peu lâche qui s’appelle Jacob. Un soir, surpris par le coucher du Soleil, il choisit de s’endormir sur place, avec une pierre comme oreiller. C’est là qu’il vit un phénomène étrange : une échelle qui reliait le ciel à la terre, d’où des anges montaient et descendaient. C’est là qu’il s’écrit « C’est sûr, Dieu est ici, et je ne le savais pas ! » C’est de cette exclamation qu’est né The Laddr. De la possibilité d’être surpris par des choses plus grandes que soi, qui étaient sous notre nez sans que nous ne nous en rendions vraiment compte. Avec le temps, le site a connu des moments de progression, et des moments de recul. Des phases où aucun article n’était posté durant des mois, faute de temps. Pendant longtemps, j’ai eu un gros sentiment de gâchis : j’avais à ma portée ce lieu incroyable  d’exploration et de réflexion au milieu de l’étendue du web, que je n’exploitais pas vraiment à son plein potentiel. Alors j’ai pris une décision, il y a déjà un petit moment : il...

Un mois sans réseaux sociaux...

Comme beaucoup de gens de ma génération, je fais partie des gens que certains qualifieraient de « connecté ». Pendant longtemps, j’appréciais beaucoup d’être à la page dans le domaine des médias numériques, en essayant d’en connaître les dernières nouveautés, et d’en être un utilisateur actif. Cela s’est notamment manifesté dans le domaine des réseaux sociaux en ligne. Dès que j’avais quelques minutes de libre, j’allais y faire un tour pour voir les nouvelles des mes amis, abonnés ou contacts. Les choses ont encore pris de l’importance depuis que j’ai acquis un Smartphone : tous les petits moments de vide, dans les transports en commun, ou entre deux rendez-vous, étaient une occasion pour faire un tour sur mes réseaux en ligne favoris. Du coup, pendant tout le mois de Juin, je me suis amusé à faire une petite expérience intéressante : m’en déconnecter radicalement. Non pas pour en faire une éventuelle « cure » de désintoxication, mais pour mesurer l’impact que les sites de réseaux sociaux ont pu prendre sur ma vie. Pour un mois, j’ai donc choisi de me déconnecter de Facebook, Twitter, Instagram, Tumblr, Foursquare et Snapchat. Il va de soi que cela impliquait également de me déconnecter aussi de leurs éventuels dérivés, comme Messenger (Facebook), Vine (Twitter), ou Swarm (Foursquare). Je n’ai conservé que l’application de messages instantanés What’s App, notamment pour communiquer avec certains amis de l’étranger. J’en ai déduis plusieurs leçons intéressantes, à la fois positives et plus négatives. Beaucoup de temps en plus. La première chose particulièrement surprenante était le gain de temps impressionnant. Je savais bien que traîner sur Facebook ou Twitter me prenait beaucoup de temps. Je ne pensais pas que ce serait autant. En fermant la porte des réseaux sociaux, tout un tas d’autres portes se sont ouvertes. J’ai...