Le Royaume de Carrère...

Il y a de ça quelques semaines, ma mère m’a prêté le livre Le Royaume d’Emmanuel Carrère. Ne suivant que de très très loin l’actualité littéraire, je n’avais qu’une vague idée de ce qu’était cet ouvrage. Ma mère a insisté, au vu de la thématique : cet écrivain, qui a vécu une période chrétienne il y a de ça plusieurs années, replonge dans le texte biblique pour enquêter sur les débuts du christianisme. En tant que « théologien en construction », il fallait bien que je me plonge dans ce livre qui est visiblement l’un des gros succès de la rentrée. Bon, alors, allons droit au but : est-ce que j’ai apprécié cet ouvrage ? Autant l’admettre d’emblée : rentrer dans le livre a été une véritable épreuve. Non pas à cause d’une langue trop compliquée, mais à cause du propos de l’auteur, et de son évidente complaisance. La première partie du livre, où Carrère nous raconte sa foi d’autrefois et comment il l’a perdue, est relativement indigeste. C’est le règne du « je » et du « moi », où l’auteur se complait à déverser ses états d’âmes et ses petites anecdotes d’écrivain bourgeois parisien. De temps en temps, on se plaît à reconnaître des problématiques amusantes, assez typiques des nouveaux convertis. Mais l’auteur semble ne jamais vraiment prendre son sujet au sérieux, et sombre souvent dans la condescendance par rapport à son passé. Une fois de plus, cela renforce la mégalomanie de Carrère, comme si son intellect prétendu brillant lui rendait impossible de comprendre ses démarches passées. On est également interrogé par le contenu de la foi de ce jeune Carrère, qui paraît vraisemblablement plutôt dogmatique, fondée sur l’adhésion aveugle à des vérités et la mise en pratique de petits rituels et de règles morales, plutôt que sur une...

Explorations numériques // 01 : Casey Reas, work in processing Nov13

Explorations numériques // 01 : Casey Reas, work in processing...

À la question : «qu’est ce que l’art numérique ?» (1), Wolf Lieser, directeur de la galerie Digital Art Museum à Berlin, répondait : «l’art numérique est devenu avec le temps une notion qui englobe toutes sortes de manifestations artistiques ayant recours à un ordinateur pour produire de l’art». Cet article est le premier d’une série, où je souhaiterais explorer le champ de l’art numérique, partager mes découvertes, redites, mix et remix de connaissances technologiques créatives. // Le MIT (Massachussets Institute of Technology) nous a apporté beaucoup de choses. Pas forcement que des bonnes choses, si l’on en croit les détracteurs du Military Institute of Technology, mais bon nombre de créations sorties de cet antre de la technologie nous sont, avouons-le, bien utiles. Parmi ces êtres particulièrement créatifs qui oeuvrent au MIT, nous trouvons John Maeda. Artiste et graphiste qui, par force de travail et de réflexions, s’est dit un jour qu’il serait bon que les créatifs et les informaticiens se rejoignent, que le code trop austère d’un côté et les jolies images de l’autre pourraient peut-être se retrouver autour d’un pôle commun, une sorte de nouvelle approche qui serait de l’ordre du code créatif, Designed by numbers.(2) Un environnement de programmation informatique dont le résultat le plus probant sera un logiciel open source : Processing. L’exemple parfait de la création numérique alliant le code et l’image accessible aux personnes non-familière à la programmation, ce logiciel ayant la capacité d’évoluer dans des domaines aussi larges que le cinéma, la création graphique ou artistique. Et alors, me direz vous, j’ai lu un nom dans le titre, je veux en savoir plus! Qui est donc ce Monsieur Reas ? Et bien encore un peu de patience, car avant de comprendre le travail de Casey Reas, il...

Du spirituel dans l’indie-rock...

En 1911, Vassily Kandisky, dans son essai étrange « Concernant le spirituel dans l’art », a écrit « La musique a été depuis plusieurs siècles l’art qui s’est consacré non à la reproduction d’un phénomène naturel, mais plutôt à l’expression de l’âme de l’artiste. » À ses yeux, la musique jouissait d’un statut particulier : celui de rendre accessible à tout un chacun quelque chose de plus vaste que les choses simplement immédiates de la vie. De transmettre les profondeurs incroyables de l’âme humaine, et l’expérience grandiose de l’universel, de l’absolu. En janvier 2011, dans l’un des premiers articles du site, je me suis intéressé à la culture indépendante dans les milieux chrétiens. Le constat était relativement pessimiste, concluant que « l’Eglise a approximativement 10 à 15 ans de retard sur l’avant-garde, alors qu’elle aurait les moyens de la définir. » Aujourd’hui, j’aimerais faire une analyse inverse : quelle est la place de la spiritualité dans la culture dite indie ? Bien sûr, la culture indé est incroyablement vaste. Elle regroupe avant tout ceux qui revendiquent l’idée de pouvoir faire quelque chose de différent, de personnel, de la musique où la passion primerait sur le succès commercial, où l’esthétique l’emporterait sur le message. Cette esthétique peut être excessivement variée, du garage le plus bruyant à la twee pop la plus innocente. Et justement, parce qu’il y a une diversité d’esthétiques, il est possible d’appréhender la diversité d’approches du monde indie dans son rapport au spirituel. Au milieu de cette diversité indie, on trouve ainsi certains artistes qui préfèrent privilégier la dynamique de l’instant. L’important n’est pas de faire de grands discours sur la vie et l’univers, mais simplement de se focaliser sur l’ici et maintenant, sur des histoires simples de coeurs brisés, d’amour, d’amitiés,...

Les hipsters, les autres et moi...

Hipster. A-t-on encore besoin de définir ce terme aujourd’hui? Tous les grands journaux ont eu au moins une rubrique dédiée à ce “phénomène de société”. Les blogs pour les 20-35 ans semblent ne pas se lasser de ce terme qui semble si bien décrire un type de comportement, de style de vie, voire même de personnalité. Et pourtant, ce n’est pas si simple d’en trouver une définition précise sur le web… Voici les premiers résultats sur lesquels on tombe après une simple recherche google: “Une personne d’une vingtaine d’années qui se tient au courant et suit les dernières tendances de la mode, qui fréquente les lieux branchés, généralement de façon ostentatoire” nous dit l’internaute. “Un jeune de bonne famille, bien éduqué, à la recherche de la culture avant-gardiste”, d’après ladepeche.fr. “Le hipster est une version jeune, branché et hyper trendy du bobo. Il fuit la culture dominante, mais n’en est pas moins un grand consommateur de produits alternatifs et rebelles, ce qui en fait un gros client de la société de consommation”, selon dictionnaire-urbain.fr. Le but de cet article n’est pas de vous décrire avec précision ce qu’est un hipster ou bien d’observer comment le terme a évolué, je crois que beaucoup l’ont déjà fait. Mon propos est plutôt de poser la question : qu’est-ce que l’utilisation (à outrance) de ce mot révèle sur notre société et sur nos relations ? Besoin d’appartenance Bien que le terme soit utilisé pour tout et n’importe quoi aujourd’hui, je crois que l’on a tous en tête l’image du hipster : la chemise à carreaux, le pantalon retroussé, les coffee shops indépendants (et pas ‘cafés’), la barbe imposante, les robes/chaussures/bracelets/chemisiers/vestes en cuir/chaussettes vintage, burgers burgers burgers, les marques American Apparel et Urban Outfitters, Vice et Brain magazine, le “non-mainstream”...

Les pilotes de séries US 2014/2015...

Perdu dans la jungle des nouvelles séries chaque année ? Vous ne savez pas quoi regarder au milieu de tout ce flot de nouveaux trucs ? Cette année encore, je me suis donné le défi de regarder tous les pilotes US de la saison 2014/2015, pour vous donner mon modeste et subjectif avis. Vous trouverez par ici un modeste compte-rendu de mes impressions personnelles sur chacun après les avoir vu. L’article sera mis à jour régulièrement en fonction des nouveaux pilotes diffusés durant l’année (laissez-moi juste le temps de les regarder !) Red Band Society Remake d’une série espagnole, Red band society raconte l’histoire d’ados malades qui vivent dans le secteur pédiatrie d’un hôpital. La série est clairement bourrée de défauts : une musique parfois irritante, des personnages caricaturaux, un hôpital beaucoup trop beau pour être vrai et des ficelles franchement pas subtiles. Et pourtant, la série parvient à être vraiment attachante et accrocheuse. 2,8/5 The Mysteries of Laura L’histoire d’une femme-flic qui est en même temps mère et fatiguée. Les scènes dramatiques sont d’une platitude infinie. Lorsque c’est censé être drôle, ça ne l’est pas, et c’est rempli de poncifs ennuyeux. J’avoue que je n’ai pas réussi à finir le premier épisode tellement je le trouvais creux. 1/5 Z-Nation  Je ne peux pas vous dire si c’était bien ou non, j’ai dû arrêter la série dès que j’ai vu la tête d’Harold Perrineau. J’ai tellement peur de le voir gueuler “WAAAAAAALT“… (et je vous avoue que j’en ai marre des zombies) ??/5 Madam Secretary Tea Leoni fait son come-back avec cette histoire d’espionne rangée en prof d’histoire qui se retrouve à la tête des affaires étrangères. Honnêtement, c’était classique, mais pas mal. On sent que les auteurs ont voulu forger un personnage féminin fort,...

Y’en a marre du “Twee”, ou presque...

Ces derniers jours, la presse française a frappé deux fois. Le sujet : l’apparition d’une prétendue « culture twee ». Le premier coup a été marqué par un article de Rue89, publié ce dimanche. L’auteure y développe l’idée qu’une nouvelle révolution culturelle serait en train de naître outre-Atlantique, qui s’appellerait « twee ». Elle développerait des valeurs de positivité et de générosité, évitant absolument le conflit en toute occasion. Le second coup a été donné par le magazine en ligne slate.fr, avec son article « Bienvenue chez les Twee ». A en croire ces articles, le « twee » serait l’exaltation d’une culture du gentil et du mignon, qui ne fait de mal à personne, et cherche à être gentiment puérile. Seraient ainsi « twee » les films de Wes Anderson, Zooey Deschanel, Etsy, Pinterest, les chatons, ou les foodtrucks (?). Les auteurs de ces articles présentent la culture twee comme une sorte de mouvement néo-hippie gentillet pour post-adolescents un peu attardés et régressifs. Ces articles pourraient soulever des questions intéressantes sur l’esthétique contemporaine, où semble effectivement se développer toute une culture du « mignon » et du gentil. Je n’ai pas de problèmes avec ça, en soi. Le problème, c’est que toute cette esthétique n’a rien à voir avec la culture twee pop originelle. Cet amalgame vient essentiellement du bouquin récent du journaliste Marc Spitz, Twee : the gentle revolution in Music, Books, Television, Fashion and Film, sur lequel se basent les articles. On aurait pu attendre de la part d’auteurs et de journalistes un minimum de recherche et de perspective critique. Là, non. A aucun moment les auteurs de ces articles ne prennent une once de distance avec Marc Spitz, pour essayer de mettre les choses en perspective. Ils se contentent juste de déblatérer ses propos. Et malheureusement, ce sont des propos à côté...

La foi de Sufjan Stevens...

Avez-vous déjà eu le sentiment d’être en communion avec certaines personnes sans même les connaître ? Ça m’est arrivé plusieurs fois. J’ai déjà parlé de ma communion personnelle avec le réformateur Martin Luther, mais je vis souvent les mêmes expériences avec d’autres. Le philosophe danois Sören Kierkegaard, l’auteur de science-fiction Philip K. Dick, l’activiste Shane Claiborne, ou encore le chanteur Sufjan Stevens. A chaque période de l’Avent, je remet en boucle ses disques de Noël. Cette année, j’ai de la chance, car le petit génie en a sorti 5 nouveaux, ce qui nous fait en tout plus d’une centaine de morceaux remplis de neige (même lorsqu’il fait beaucoup trop chaud dehors pour que l’on se sente vraiment à Noël). Ce n’est que la conséquence logique des autres mois de l’année. Depuis maintenant un long moment, Sufjan Stevens est l’un des artistes que j’écoute le plus, sans jamais vraiment me lasser de son univers onirique. Il faut admettre que Sufjan reste parfois un artiste difficile à cerner. Qui est-il exactement ? Le sauveur du folk ? Un chrétien compulsif ? Un joueur de banjo qui s’est reconverti dans les sonorités électroniques ? Un extra-terrestre conçu par des licornes ? Peut-être un peu de tout ça à la fois. Avant toute chose, Sufjan Stevens raconte des histoires, avec énormément de simplicité et de grâce. Son album Seven Swans, avec lequel je l’ai découvert, est probablement celui où ces histoires se dirigent le plus vers la spiritualité, de To be alone with You à Abraham, en passant par The Transfiguration et He woke me up again. Après avoir grandi dans une famille hippie du midwest Américain, entre les cours de yoga, les régimes macrobiotiques et les camps d’autoréalisation, Sufjan a fini par s’enraciner dans le christianisme, sous...

Chronique : My Bloody Valentine – Loveless...

Parfois, sans que l’on comprenne trop pourquoi, tout un tas de choses se mettent en place, et poussent tout un tas de gens à aller dans la même direction. Lorsque j’ai découvert Loveless de My Bloody Valentine, en décembre 2008, je ne savais pas que je m’engouffrais dans une aventure de ce type. L’album est sorti en 1991. Et pourtant, ce soir d’hiver 2008, dans la pénombre du salon de mes parents, il s’est avéré que je suis tombé sur le disque qui m’était le plus contemporain, celui qui correspondait précisément à mes attentes. Et je suis prêt à parier que ces attentes n’étaient pas simplement les miennes. Au même moment, toute une génération a découvert cette sensation de déluge de sons, mêlés à la douceur pop. Et dans la foulée, tout un tas de groupes se virent placés en dignes héritiers de ces murs de sons. C’était le retour du Shoegaze sur le devant de la scène qui s’annonçait. Le Shoegaze, parlons-en, tiens. Pour caricaturer un peu, on pourrait dire que le Shoegaze, c’est l’histoire d’une bande d’intellos timides qui ont voulu faire de la musique. Jesus and Mary Chains leur ont montré qu’il était possible de faire de la pop tout en faisant du bruit. Les mouvements indés naissants (notamment indie pop) leur avaient appris que la sincérité devait primer sur l’impératif commercial. Face au rock FM standardisé et impersonnel, ils se sont mis à refuser le star-system, le culte de l’égo et de la performance. Alors ils se sont mis à faire de la musique en fixant leurs chaussures avec timidité et obsession. Leur but n’était pas de créer une simple chanson de 3 minutes 30, qui puisse passer en radio et être fredonnée. Leur objectif, c’était de forger une expérience,...