Le Royaume de Carrère...

Il y a de ça quelques semaines, ma mère m’a prêté le livre Le Royaume d’Emmanuel Carrère. Ne suivant que de très très loin l’actualité littéraire, je n’avais qu’une vague idée de ce qu’était cet ouvrage. Ma mère a insisté, au vu de la thématique : cet écrivain, qui a vécu une période chrétienne il y a de ça plusieurs années, replonge dans le texte biblique pour enquêter sur les débuts du christianisme. En tant que « théologien en construction », il fallait bien que je me plonge dans ce livre qui est visiblement l’un des gros succès de la rentrée. Bon, alors, allons droit au but : est-ce que j’ai apprécié cet ouvrage ? Autant l’admettre d’emblée : rentrer dans le livre a été une véritable épreuve. Non pas à cause d’une langue trop compliquée, mais à cause du propos de l’auteur, et de son évidente complaisance. La première partie du livre, où Carrère nous raconte sa foi d’autrefois et comment il l’a perdue, est relativement indigeste. C’est le règne du « je » et du « moi », où l’auteur se complait à déverser ses états d’âmes et ses petites anecdotes d’écrivain bourgeois parisien. De temps en temps, on se plaît à reconnaître des problématiques amusantes, assez typiques des nouveaux convertis. Mais l’auteur semble ne jamais vraiment prendre son sujet au sérieux, et sombre souvent dans la condescendance par rapport à son passé. Une fois de plus, cela renforce la mégalomanie de Carrère, comme si son intellect prétendu brillant lui rendait impossible de comprendre ses démarches passées. On est également interrogé par le contenu de la foi de ce jeune Carrère, qui paraît vraisemblablement plutôt dogmatique, fondée sur l’adhésion aveugle à des vérités et la mise en pratique de petits rituels et de règles morales, plutôt que sur une...

Du spirituel dans l’indie-rock...

En 1911, Vassily Kandisky, dans son essai étrange « Concernant le spirituel dans l’art », a écrit « La musique a été depuis plusieurs siècles l’art qui s’est consacré non à la reproduction d’un phénomène naturel, mais plutôt à l’expression de l’âme de l’artiste. » À ses yeux, la musique jouissait d’un statut particulier : celui de rendre accessible à tout un chacun quelque chose de plus vaste que les choses simplement immédiates de la vie. De transmettre les profondeurs incroyables de l’âme humaine, et l’expérience grandiose de l’universel, de l’absolu. En janvier 2011, dans l’un des premiers articles du site, je me suis intéressé à la culture indépendante dans les milieux chrétiens. Le constat était relativement pessimiste, concluant que « l’Eglise a approximativement 10 à 15 ans de retard sur l’avant-garde, alors qu’elle aurait les moyens de la définir. » Aujourd’hui, j’aimerais faire une analyse inverse : quelle est la place de la spiritualité dans la culture dite indie ? Bien sûr, la culture indé est incroyablement vaste. Elle regroupe avant tout ceux qui revendiquent l’idée de pouvoir faire quelque chose de différent, de personnel, de la musique où la passion primerait sur le succès commercial, où l’esthétique l’emporterait sur le message. Cette esthétique peut être excessivement variée, du garage le plus bruyant à la twee pop la plus innocente. Et justement, parce qu’il y a une diversité d’esthétiques, il est possible d’appréhender la diversité d’approches du monde indie dans son rapport au spirituel. Au milieu de cette diversité indie, on trouve ainsi certains artistes qui préfèrent privilégier la dynamique de l’instant. L’important n’est pas de faire de grands discours sur la vie et l’univers, mais simplement de se focaliser sur l’ici et maintenant, sur des histoires simples de coeurs brisés, d’amour, d’amitiés,...

The Laddr, vers l’infini et au-delà...

The Laddr est né sur un bout de papier le 21 octobre 2010, il y a presque pile quatre ans. Lorsque j’ai créé ce site (qui s’appelait alors ijayp-laddr), c’était pour me créer un espace d’expression qui me soit personnel, et où je puisse m’exprimer librement. J’avais tout un tas de questionnements dans ma tête que j’avais envie de partager. Je pensais, avec un peu d’orgueil, que toutes ces pensées pouvaient un peu changer la vie des gens, ou au moins, leur manière de concevoir le monde. Cette idée m’est venue à la lecture d’un passage de la Bible, que l’on peut trouver dans le livre de la Genèse (18.10-19). L’auteur raconte l’histoire d’un type un peu lâche qui s’appelle Jacob. Un soir, surpris par le coucher du Soleil, il choisit de s’endormir sur place, avec une pierre comme oreiller. C’est là qu’il vit un phénomène étrange : une échelle qui reliait le ciel à la terre, d’où des anges montaient et descendaient. C’est là qu’il s’écrit « C’est sûr, Dieu est ici, et je ne le savais pas ! » C’est de cette exclamation qu’est né The Laddr. De la possibilité d’être surpris par des choses plus grandes que soi, qui étaient sous notre nez sans que nous ne nous en rendions vraiment compte. Avec le temps, le site a connu des moments de progression, et des moments de recul. Des phases où aucun article n’était posté durant des mois, faute de temps. Pendant longtemps, j’ai eu un gros sentiment de gâchis : j’avais à ma portée ce lieu incroyable  d’exploration et de réflexion au milieu de l’étendue du web, que je n’exploitais pas vraiment à son plein potentiel. Alors j’ai pris une décision, il y a déjà un petit moment : il...

Les pilotes de séries US 2014/2015...

Perdu dans la jungle des nouvelles séries chaque année ? Vous ne savez pas quoi regarder au milieu de tout ce flot de nouveaux trucs ? Cette année encore, je me suis donné le défi de regarder tous les pilotes US de la saison 2014/2015, pour vous donner mon modeste et subjectif avis. Vous trouverez par ici un modeste compte-rendu de mes impressions personnelles sur chacun après les avoir vu. L’article sera mis à jour régulièrement en fonction des nouveaux pilotes diffusés durant l’année (laissez-moi juste le temps de les regarder !) Red Band Society Remake d’une série espagnole, Red band society raconte l’histoire d’ados malades qui vivent dans le secteur pédiatrie d’un hôpital. La série est clairement bourrée de défauts : une musique parfois irritante, des personnages caricaturaux, un hôpital beaucoup trop beau pour être vrai et des ficelles franchement pas subtiles. Et pourtant, la série parvient à être vraiment attachante et accrocheuse. 2,8/5 The Mysteries of Laura L’histoire d’une femme-flic qui est en même temps mère et fatiguée. Les scènes dramatiques sont d’une platitude infinie. Lorsque c’est censé être drôle, ça ne l’est pas, et c’est rempli de poncifs ennuyeux. J’avoue que je n’ai pas réussi à finir le premier épisode tellement je le trouvais creux. 1/5 Z-Nation  Je ne peux pas vous dire si c’était bien ou non, j’ai dû arrêter la série dès que j’ai vu la tête d’Harold Perrineau. J’ai tellement peur de le voir gueuler “WAAAAAAALT“… (et je vous avoue que j’en ai marre des zombies) ??/5 Madam Secretary Tea Leoni fait son come-back avec cette histoire d’espionne rangée en prof d’histoire qui se retrouve à la tête des affaires étrangères. Honnêtement, c’était classique, mais pas mal. On sent que les auteurs ont voulu forger un personnage féminin fort,...

Y’en a marre du “Twee”, ou presque...

Ces derniers jours, la presse française a frappé deux fois. Le sujet : l’apparition d’une prétendue « culture twee ». Le premier coup a été marqué par un article de Rue89, publié ce dimanche. L’auteure y développe l’idée qu’une nouvelle révolution culturelle serait en train de naître outre-Atlantique, qui s’appellerait « twee ». Elle développerait des valeurs de positivité et de générosité, évitant absolument le conflit en toute occasion. Le second coup a été donné par le magazine en ligne slate.fr, avec son article « Bienvenue chez les Twee ». A en croire ces articles, le « twee » serait l’exaltation d’une culture du gentil et du mignon, qui ne fait de mal à personne, et cherche à être gentiment puérile. Seraient ainsi « twee » les films de Wes Anderson, Zooey Deschanel, Etsy, Pinterest, les chatons, ou les foodtrucks (?). Les auteurs de ces articles présentent la culture twee comme une sorte de mouvement néo-hippie gentillet pour post-adolescents un peu attardés et régressifs. Ces articles pourraient soulever des questions intéressantes sur l’esthétique contemporaine, où semble effectivement se développer toute une culture du « mignon » et du gentil. Je n’ai pas de problèmes avec ça, en soi. Le problème, c’est que toute cette esthétique n’a rien à voir avec la culture twee pop originelle. Cet amalgame vient essentiellement du bouquin récent du journaliste Marc Spitz, Twee : the gentle revolution in Music, Books, Television, Fashion and Film, sur lequel se basent les articles. On aurait pu attendre de la part d’auteurs et de journalistes un minimum de recherche et de perspective critique. Là, non. A aucun moment les auteurs de ces articles ne prennent une once de distance avec Marc Spitz, pour essayer de mettre les choses en perspective. Ils se contentent juste de déblatérer ses propos. Et malheureusement, ce sont des propos à côté...

Un mois sans réseaux sociaux...

Comme beaucoup de gens de ma génération, je fais partie des gens que certains qualifieraient de « connecté ». Pendant longtemps, j’appréciais beaucoup d’être à la page dans le domaine des médias numériques, en essayant d’en connaître les dernières nouveautés, et d’en être un utilisateur actif. Cela s’est notamment manifesté dans le domaine des réseaux sociaux en ligne. Dès que j’avais quelques minutes de libre, j’allais y faire un tour pour voir les nouvelles des mes amis, abonnés ou contacts. Les choses ont encore pris de l’importance depuis que j’ai acquis un Smartphone : tous les petits moments de vide, dans les transports en commun, ou entre deux rendez-vous, étaient une occasion pour faire un tour sur mes réseaux en ligne favoris. Du coup, pendant tout le mois de Juin, je me suis amusé à faire une petite expérience intéressante : m’en déconnecter radicalement. Non pas pour en faire une éventuelle « cure » de désintoxication, mais pour mesurer l’impact que les sites de réseaux sociaux ont pu prendre sur ma vie. Pour un mois, j’ai donc choisi de me déconnecter de Facebook, Twitter, Instagram, Tumblr, Foursquare et Snapchat. Il va de soi que cela impliquait également de me déconnecter aussi de leurs éventuels dérivés, comme Messenger (Facebook), Vine (Twitter), ou Swarm (Foursquare). Je n’ai conservé que l’application de messages instantanés What’s App, notamment pour communiquer avec certains amis de l’étranger. J’en ai déduis plusieurs leçons intéressantes, à la fois positives et plus négatives. Beaucoup de temps en plus. La première chose particulièrement surprenante était le gain de temps impressionnant. Je savais bien que traîner sur Facebook ou Twitter me prenait beaucoup de temps. Je ne pensais pas que ce serait autant. En fermant la porte des réseaux sociaux, tout un tas d’autres portes se sont ouvertes. J’ai...

La foi de Sufjan Stevens...

Avez-vous déjà eu le sentiment d’être en communion avec certaines personnes sans même les connaître ? Ça m’est arrivé plusieurs fois. J’ai déjà parlé de ma communion personnelle avec le réformateur Martin Luther, mais je vis souvent les mêmes expériences avec d’autres. Le philosophe danois Sören Kierkegaard, l’auteur de science-fiction Philip K. Dick, l’activiste Shane Claiborne, ou encore le chanteur Sufjan Stevens. A chaque période de l’Avent, je remet en boucle ses disques de Noël. Cette année, j’ai de la chance, car le petit génie en a sorti 5 nouveaux, ce qui nous fait en tout plus d’une centaine de morceaux remplis de neige (même lorsqu’il fait beaucoup trop chaud dehors pour que l’on se sente vraiment à Noël). Ce n’est que la conséquence logique des autres mois de l’année. Depuis maintenant un long moment, Sufjan Stevens est l’un des artistes que j’écoute le plus, sans jamais vraiment me lasser de son univers onirique. Il faut admettre que Sufjan reste parfois un artiste difficile à cerner. Qui est-il exactement ? Le sauveur du folk ? Un chrétien compulsif ? Un joueur de banjo qui s’est reconverti dans les sonorités électroniques ? Un extra-terrestre conçu par des licornes ? Peut-être un peu de tout ça à la fois. Avant toute chose, Sufjan Stevens raconte des histoires, avec énormément de simplicité et de grâce. Son album Seven Swans, avec lequel je l’ai découvert, est probablement celui où ces histoires se dirigent le plus vers la spiritualité, de To be alone with You à Abraham, en passant par The Transfiguration et He woke me up again. Après avoir grandi dans une famille hippie du midwest Américain, entre les cours de yoga, les régimes macrobiotiques et les camps d’autoréalisation, Sufjan a fini par s’enraciner dans le christianisme, sous...

Pourquoi j’ai supprimé mon compte Instagram Dec19

Pourquoi j’ai supprimé mon compte Instagram...

Le mouvement est bien connu : un beau jour, un article est lancé en ligne pour dénoncer la publication de nouvelles conditions d’utilisation d’une plateforme (comme Facebook), d’un site web (comme Amazon), ou d’un service en ligne (comme l’environnement Apple). Dans les heures qui suivent, Twitter, Facebook et d’autres sont inondés de partages d’articles, de statuts, de tweets et de retweets. On balance l’alerte générale, on crie très fort qu’on va supprimer notre compte, on cherche à soulever l’opinion. Et bien sûr, aussi, on se fout de la gueule des gens qui veulent supprimer leurs compte en les prenant pour des demeurés. Hier, c’est l’App de partage de photos Instagram qui a été la cible des attaques générales. Au menu, le changement des conditions contractuelles d’utilisations (CGU) de l’App, qui favoriseraient désormais le commerce des photos personnelles des utilisateurs, sans les rémunérer. Expliquons les choses : Instagram ne possède pas, ne possèdera pas et n’a jamais possédé les photos de ses utilisateurs. Ce dont Instagram dispose actuellement, c’est d’une licence, relativement large, mais tout de même raisonnable. A partir du 16 janvier, la licence d’Instagram sur les photos de ses utilisateurs sera désormais étendue. Elle reste une licence, mais qui devient encore plus large. Les deux mots clés qui font essentiellement la différence dans la nouvelle licence d’Instagram sont les capacités que l’App aura désormais à sous-licencier et transférer sa licence (donc pouvoir la partager avec un tiers et potentiellement utiliser ces contenus pour des posts sponsorisés au sein d’Instagram). Soyons clairs, et prenons un peu de recul : il y a peu de chances que les photos de votre chat ou de vos vacances soient revendues tel quel à des publicitaires, comme stock d’images gratos. Ces nouvelles CGU sont essentiellement présentes pour favoriser...