God’s not dead (or is he ?)

 

 

Peut-être as-tu reçu un texto te disant « Dieu n’est pas mort » ces dernières semaines et tu n’as pas trop compris ce qui arrivait à l’ami qui te l’avait envoyé. Était-il en pleine crise mystique ? Ou tombé sur un reportage bizarre parlant de Nietzsche sur Arte ?

Ne t’inquiète pas, j’ai la réponse à ta question : il est allé voir God’s not dead au cinéma !

En effet, grande première en France, le 20 septembre dernier sortait (3 ans et demi après les États-Unis) le film God’s not dead. Produit par la société de production Pureflix (le film pur – parce que le reste du cinéma est sale apparement), ce blockbuster évangélique a été distribué dans quelques cinémas en France.

Oublie Nietzche tout de suite, c’est Willie Robertson (un des frangins de Duck Dynasty, les magnats rednecks des appeaux pour canards) qui demande à la fin du film d’envoyer le texto « Dieu n’est pas mort » !

Grand écart ? Oui, absolument…

Comment en sommes-nous arrivés là ? (le moment où il va falloir que je résume le film en moins de 200 000 caractères…)

Josh est un jeune chrétien avec un tshirt des Newboys qui arrive à la Fac. Il a déjà planifié toute sa vie avec sa copine (ils sont ensemble depuis qu’ils sont en âge d’aller au groupe de jeunes et ont donc eu le temps de réfléchir à tout ça). Bien qu’il veuille faire du droit, il s’inscrit à un cours de philo. Or le professeur, M. Radisson, est super athée, donc super méchant (et très blasé) (et vous aurez bien sûr reconnu Kevin Sorbo aka Hercule).

Dès son premier cours, il oblige tous ses étudiants à rendre une copie avec la phrase « Dieu est mort », et c’est tout (la pédagogie, ce n’est pas pour les athées).

Josh refuse. Radisson lui dit qu’il lui laisse 3 exposés pour prouver que Dieu n’est pas mort, sinon il le recale. La copine de Josh panique : il va avoir une mauvaise note et elle est obligée de le quitter car leur plan de toute leur vie maintenant voué à l’échec. Mais Josh est un jeune homme courageux et il s’enferme donc à la bibliothèque pour préparer ses exposés. Comme ça serait un peu ennuyeux de suivre ses soirées de labeur à la bibliothèque, les scénaristes ont eu l’idée de rajouter un tas de personnages secondaires comme dans un film chorale (quand tout est un peu lié). Un businessman odieux, une journaliste qui écrit des articles méchants sur des célébrités chrétiennes, une vieille dame qui a Alzheimer et sa fille, un jeune chinois, une jeune fille voilée, un pasteur, un missionnaire africain, les Newsboys et Willie Robertson.

En bref, le businessman est athée est très méchant, il quitte sa fiancée (la journaliste) parce qu’elle a un cancer et il va faire plein de reproches à sa mère, la vieille dame, quelle idée d’être chrétien si c’est pour finir Alzheimer ? La gentille fille de cette vieille dame est chrétienne elle aussi, mais elle est fiancée…. à Radisson. Il l’a séduite quand elle était son étudiante, mais elle comprend qu’elle doit se défaire de lui grâce au pasteur.

Sur le campus, on retrouve la jeune immigrée voilée, sous la coupe d’un père intégriste. Elle écoute des podcasts de Franklin Graham en cachette (le gars qui ne veut pas voir de musulmans aux États-Unis, quelle ironie !). Le jeune chinois assiste aux cours de Radisson (et donc aux exposés de Josh) et téléphone à son père qui voit d’un très mauvais oeil que son fils envisage que Dieu puisse exister. Quant au pasteur, il essaie de régler ses problèmes de panne de voiture à répétition entre deux entretiens pastoraux.

Avec toutes ces intrigues secondaires, il n’y a plus beaucoup de place pour les exposés de Josh mais ce n’est pas bien grave parce que l’important c’est qu’il parvienne à faire avouer à Radisson qu’il déteste Dieu parce que sa mère est morte quand il était enfant. Or Dieu ne peut pas être mort puisqu’on ne peut pas détester quelqu’un qui n’existe pas. CQFD.

Tout le monde est content et va au concert des Newsboys, qui prient en backstage pour la journaliste qui a le cancer.

Tout le monde ? Non. Le pasteur arrive enfin à faire démarrer sa voiture mais il est témoin d’un délit de fuite sur la personne de Radisson qui dans son dernier souffle se repend grâce à lui.

Happy end (en quelque sorte), sortez vos téléphones pour envoyer « Dieu n’est pas mort » à tous vos amis, on ne sait jamais ce qui peut arriver.

On pourrait tenter de se raisonner en se disant que ce film est certes du mauvais cinéma mais pour une bonne cause. Un scénario bâclé, des personnages et des intrigues secondaires en pagaille, peu de maîtrise, mais de bonnes intentions. Mais malheureusement, ce film contient des scènes qui mettent mal à l’aise car elles sont caricaturales jusqu’à l’écœurement. Est-ce juste maladroit ? Je ne le crois pas. En tout état de cause, dans ce film, on est dans un manichéisme total et assumé : les chrétiens sont gentils et les autres sont là pour leur pourrir la vie, à moins qu’ils ne se convertissent.

Le personnage de Radisson, le professeur de philo, est central dans le film, c’est l’archétype du méchant. Il s’oppose à Josh dans sa vie universitaire, et il se conduit mal avec sa compagne dans sa vie privée. La scène d’introduction le fait d’abord apparaître comment un professeur exigeant : il dissuade les élèves qui veulent valider facilement un crédit de rester dans son cours. Mais une minute après, il se conduit comme une brute en poussant ses étudiants à remplir leur copie du fameux « Dieu est mort » sous peine de sanctions.

Mais le comble du malaise est atteint lors d’un dîner avec ses pairs collègues de sciences humaines. Ils sont tous odieux. Et la compagne de Radisson se voit assignée le rôle de la pauvre idiote qui fait le service. Elle n’est même pas admise à table et se fait humilier.

Voici un film qui prétend prouver l’existence de Dieu de manière rationnelle, donc on peut imaginer qu’il s’adresse à des personnes attirées par la réflexion, des « intellectuels ». Mais on nage dans tous les clichés possibles avec Radisson et ses amis. Voilà que les gens qu’on souhaite évangéliser sont dénigrés. Étrange approche pour se faire entendre…

Deuxième scène d’extrême malaise. Le père de la jeune fille d’origine musulmane découvre qu’elle a trahi la foi de ses pères pour se tourner vers le christianisme. Lui et ses frères, oncles ou que sais-je la chassent de la maison dans une séquence aussi violente qu’on peut l’imaginer (c’est probablement la seule scène réellement réaliste du film). Mais on la retrouve en pleurs dans le bureau du pasteur, tandis qu’il discute d’abord de sa situation dans son dos avec son collègue africain comme si elle n’était pas là. Il va ensuite lui balancer un verset de l’apôtre Paul pour la réconforter et le problème est réglé. S’inquiète-t-il vraiment pour elle ? Non. Il ne lui demande ni si elle a subi des violences, ni si elle a un endroit où vivre. Son travail se limite à administrer des versets comme on donne une pilule miracle. Pilule qui me reste en travers de la gorge, donc.

Dernière intrigue du film : le délit de fuite. Par chance, le pasteur se trouve sur les lieux de l’accident de Radisson avec son ami africain… lequel a vu plus de séries médicales que moi apparemment (est-ce possible?) et diagnostique directement un pneumothorax — Radisson va mourir. Inutile donc de le mettre à l’abri de la pluie battante ou de le couvrir. L’important c’est de le convertir. Encore une fois, les gestes d’humanité les plus basiques sont négligés. Le pasteur n’est pas là pour être humain, mais pour être « chrétien » et expliquer à Radisson que s’il n’est pas mort sur le coup, c’est parce que Dieu lui laisse une dernière chance. Il n’est pas question d’espérance ici, il est question de peur. C’est beaucoup plus efficace pour placer son produit « vie après la mort », mais ça sent un peu la vente forcée.

On s’aperçoit que la plupart des intrigues du film sont finalement basées sur l’intimidation, les préjugés ou la peur, alors que les évangiles nous parlent d’amour inconditionnel, de confiance et d’espérance. God’s not dead n’est en définitive qu’un film présomptueux qui finit par tuer le message qu’il aurait dû porter. Donc ne m’appelez pas pour me dire que Dieu n’est pas mort, je vais raccrocher.