Nadia Bolz-Weber, des saints et des pécheurs

Je n’aime pas les articles trop longs. Vous savez, on se dit « Ah, ça a l’air intéressant, mais c’est un peu long »… Et puis au final, on ne lit jamais le fameux article.
Donc là j’ai fait un article court, parce que c’est important que vous découvriez Nadia Bolz-Weber en quelques mots et autrement que par le “portrait d’une pasteur punk” (??) des Inrocks. Ensuite vous pourrez faire vos recherches par vous-mêmes (et me dire ce que vous en pensez…).

Un jour, j’étais comme vous. J’avais vu son nom apparaître à l’une ou l’autre occasion, puis je suis tombée sur un article de blog qui disait « Si vous voulez faire la connaissance de Nadia, regardez cette vidéo » (oui, je vous fais une mise en abîme sans supplément de prix aucun).

 

Quand on voit cette grande nana avec son débardeur et ses tatouages, on se dit «Ouhla, elle est pasteur ?» — pardon : «Ouhla, elle est pasteur dans l’église luthérienne ?» (si vous ne connaissez pas les Luthériens, sachez que c’est une dénomination chrétienne qui descend en droite ligne de Martin Luther. Protestants since 1517, ça pèse son poids en tradition).

Donc récapitulons, Nadia Bolz-Weber est pasteur dans l’église luthérienne américaine — l’ELCA. Elle a plein de tatouages et elle dit des gros mots. Ah, et puis elle est fan de Doctor Who. On pourrait presque en déduire que c’est une extra- terrestre.

Mais ce n’est pas une extra-terrestre.

On se dit qu’elle n’a rien à faire là, puis on ne se rend compte qu’elle a tout à faire là.

Ça avait plutôt mal commencé pour Nadia. Élevée dans une église très fondamentaliste où les femmes n’avaient aucune place, elle s’est vite rebellée. Elle part très tôt de la maison, elle vit en communauté, avec des petits amis violents, elle boit énormément et déverse sa rage contre le monde entier dans des one-woman-shows cyniques. Elle ne veut plus rien avoir à faire avec le Dieu de ses parents. Elle pense qu’elle va mourir avant ses 30 ans, comme tous les artistes incompris. Fauchée en plein vol.

Mais au fond du trou, elle finit par pousser la porte des Alcooliques Anomymes. C’est le début d’un chemin qui va la mener à la sobriété, à reconsidérer la présence du divin dans sa vie, à rencontrer un charmant luthérien étudiant en théologie, et enfin à tomber amoureuse de la liturgie et de la théologie luthérienne.

Parce que finalement, derrière ses tatouages (qui d’ailleurs pour une bonne partie retracent les grandes fêtes chrétiennes) et son langage très cru, on entend des échos qui nous viennent de l’Allemagne du XVIe siècle.

Lorsque Nadia parle, elle ne parle que de la grâce. Une puissance qui empêche notre égoïsme, nos manquements, nos félures de nous mener dans une impasse. Elle le dit beaucoup mieux que je ne pourrais le dire : «La grâce, ce n’est pas Dieu qui crée les humains imparfaits pour ensuite s’offusquer quand nous échouons inévitablement et qui intervient en héros en nous accordant sa grâce, en disant «Allez, je vais être sympa et te pardonner». Non. C’est Dieu qui dit «J’aime tellement le monde que je ne peux pas laisser le péché te définir et avoir le mot de la fin. Je suis le Dieu qui fait toutes choses nouvelles (…) c’est Dieu qui fait des choses magnifiques même à partir de ma propre merde». [j’avais abordé la question des gros mots plus haut…]

Certes, nous sommes des êtres pécheurs, mais des pécheurs toujours pardonnés. Elle ne fait que marteler ce que Luther a martelé avant elle. (1)
Elle nous rappelle que la grâce est un don qui nous est donné librement. Que nous n’avons rien mérité. Et que la seule chose que nous puissions faire, c’est vivre une vie en réponse à ce cadeau. Tout se résume dans le fait que nous sommes pécheurs et saints. En même temps. Tout le temps.

Simul justus, simul peccator, semper penitens, écrivait Luther : à la fois justes et pécheurs, et toujours pénitents.
Son église s’appelle d’ailleurs «House for all sinners and saints» (la Maison pour tous les pécheurs et tous les saints). Cette église, elle l’a voulue pour tous ceux qui ne trouvaient pas leur place dans des églises “traditionnelles“. Elle l’a voulue pour des gens comme elle. Elle l’a voulue comme le lieu qui accueille tout le monde inconditionnellement : des ex-taulards et des hommes d’affaires, une drag-queen et des mères au foyer, des jeunes, des vieux… Tous des pécheurs, tous des saints, immergés ensemble dans le flot d’une tradition qui depuis des générations «parle un langage de vérité, de promesse et de grâce».

Je mentirais en vous disant que lorsqu’on l’entend parler de cet endroit, on n’a pas envie d’y être, au moins une fois. Ne serait-ce que pour découvrir leur culte participatif ou aller à une soirée “Beer & Hymns“ — bière et cantiques, peut-on imaginer un truc plus cool ? (enfin disons que je trouve ça cool)

Mais penser qu’on peut résumer Nadia Bolz-Weber à ses quelques “excentricités“ serait une grave erreur.

Fin 2013, elle a publié ce qu’on pourrait considérer comme des mémoires spirituels sous le titre de Pastrix, The cranky, beautiful faith of a sinner & saint. Encore une fois, on retrouve cette thématique de Sinner & Saint, pécheur & saint,. Ce paradoxe qui la définit finalement si bien et qui est indissociable de sa personne.

Elle y raconte sa vie mouvementée, ses doutes, ses espoirs, ses ambivalences. Pastrix, c’est l’histoire de la vie de Nadia Bolz-Weber. Comment une adolescente rebelle et alcoolique est devenue “Pastrix“ (un terme péjoratif que des opposants au ministère féminin utilisent pour parler des femmes pasteurs).

Mais quand Nadia Bolz-Weber parle de sa vie, elle revisite aussi tous les thèmes classiques de la théologie : la grâce divine, l’humanité du Christ, le sens de la Croix, le pourquoi de la souffrance. Comme un Petit Catéchisme post-moderne.
Et puis, tant qu’on y est, elle parle aussi avec passion de House for all sinners and saints, transformant ses mémoires en manuel de théologie pratique. Concrètement, ça change quoi dans notre vie, le baptême ? La communauté, ça sert à quoi ? Comment est-ce que je peux mettre ma foi en action pour aider mon prochain ?

Pourtant jamais, elle ne se pose en juge ou en professeur. Chaque histoire, chaque leçon, chaque proposition montre que nous sommes tout à la fois capables de choses fantastiques tout en nous plantant lamentablement. Que nous sommes forts et fragiles. Doués de multiples talents et pourtant incompétents.

Nous sommes à la fois des pécheurs et des saints.
Présents dans ce monde pour manifester la bienveillance d’un dieu aimant, qui est devenu homme pour partager notre humanité, vivre avec nous et nous accueillir comme ses amis.

Tels que nous sommes.

 

Nadia poste régulièrement ses prédications (et parfois d’autres choses) sur son blog Patheos.
Vous pouvez la suivre sur Twitter ou sur Facebook

Son livre en anglais : Pastrix, The cranky, beautiful faith of a sinner & saint, Jericho Books, 2013, New-York

(1) Pour en savoir plus sur Martin Luther, vous pouvez plonger dans les profondeurs du Laddr, où iJayp avait déjà parlé de lui.