Pourquoi j’ai supprimé mon compte Instagram

Le mouvement est bien connu : un beau jour, un article est lancé en ligne pour dénoncer la publication de nouvelles conditions d’utilisation d’une plateforme (comme Facebook), d’un site web (comme Amazon), ou d’un service en ligne (comme l’environnement Apple). Dans les heures qui suivent, Twitter, Facebook et d’autres sont inondés de partages d’articles, de statuts, de tweets et de retweets. On balance l’alerte générale, on crie très fort qu’on va supprimer notre compte, on cherche à soulever l’opinion. Et bien sûr, aussi, on se fout de la gueule des gens qui veulent supprimer leurs compte en les prenant pour des demeurés.

Hier, c’est l’App de partage de photos Instagram qui a été la cible des attaques générales. Au menu, le changement des conditions contractuelles d’utilisations (CGU) de l’App, qui favoriseraient désormais le commerce des photos personnelles des utilisateurs, sans les rémunérer.

Expliquons les choses : Instagram ne possède pas, ne possèdera pas et n’a jamais possédé les photos de ses utilisateurs. Ce dont Instagram dispose actuellement, c’est d’une licence, relativement large, mais tout de même raisonnable.

A partir du 16 janvier, la licence d’Instagram sur les photos de ses utilisateurs sera désormais étendue. Elle reste une licence, mais qui devient encore plus large. Les deux mots clés qui font essentiellement la différence dans la nouvelle licence d’Instagram sont les capacités que l’App aura désormais à sous-licencier et transférer sa licence (donc pouvoir la partager avec un tiers et potentiellement utiliser ces contenus pour des posts sponsorisés au sein d’Instagram).

Soyons clairs, et prenons un peu de recul : il y a peu de chances que les photos de votre chat ou de vos vacances soient revendues tel quel à des publicitaires, comme stock d’images gratos. Ces nouvelles CGU sont essentiellement présentes pour favoriser l’intégration d’Instagram au sein de la structure de son nouveau proprio : Facebook.

Comme vous le savez sûrement, en Avril 2012, Instagram a été racheté par Facebook. A l’époque, Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, avait assuré qu’Instagram resterait un programme indépendant. Pendant longtemps, les deux sont effectivement restés bien séparés, avec deux CGUs différentes. Facebook ne pouvait en aucun cas utiliser le fond d’images sur lesquelles Instagram possédait une licence, car ces dernières n’étaient ni sous-licenciables, ni transférables. Désormais, les choses changent.

Instagram a désormais unifié ses CGU avec celles de Facebook. A partir du 16 janvier, le géant bleu du réseau social aura accès à la licence des photos Instagram. Le service Instagram sera juridiquement entièrement lié à celui de Facebook, même si l’application reste, en soi, indépendante.

On peut comprendre les raisons qui ont poussé Facebook à intégrer davantage Instagram à son écosystème. Instagram est une application gratuite avec plusieurs millions d’utilisateurs, et au bout d’un moment, il faut savoir rentabiliser ses achats (surtout quand ils coûtent 1 milliard).

Beaucoup ont considérés qu’Instagram avait signé sa lettre de suicide avec ses nouvelles CGUs. Je ne crois pas. La plupart des utilisateurs qui ont râlé hier sont déjà passés à autre chose aujourd’hui. Lorsque le 16 janvier arrivera, la plupart continueront à poster leurs cadeaux de Noël en retard, leur repas du soir et leurs vies entières sur Instagram. Cependant, j’ai tout de même choisi de supprimer mon compte hier. Pour plusieurs raisons :

  • Je n’ai pas signé pour ça. Lorsque j’ai rejoins Instagram, c’était une petite application de partage de photos, disponible uniquement sur iOS, et plutôt originale. Sa licence était large, mais raisonnable. Lorsque Facebook a racheté Instagram, je n’ai pas bronché. On nous avait assuré que l’App resterait indépendante. Mais, aujourd’hui, ce n’est plus exactement le cas, et je n’ai pas rejoins Instagram pour que ce contenu soit sous-licencié à Facebook.
  • L’évolution progressive d’Instagram ne m’inspire pas confiance. L’un des principaux intérêts d’Instagram, c’était sa fonction de partage universelle, sur Facebook, mais aussi sur Twitter, Tumblr, et d’autres plate-formes. Depuis plusieurs semaines, Instagram a décidé de supprimer une partie de son intégration avec Twitter en supprimant le support de ses cartes. Si je n’arrive pas à partager correctement une photo sur Twitter, quel en est l’intérêt ?
  • Je commence à être fatigué des méthodes cavalières qu’emploient certains services sociaux sur le web, qui s’octroient des droits avant de revenir dessus une fois qu’ils ont vu la fronde des utilisateurs… pour les faire passer différemment. Cette méthode, sur-employée par Facebook, a fini par abîmer une partie de la confiance que je pouvais offrir à ces sites. Sans tomber dans la paranoïa, ou la théorie du complot, je suis simplement lassé par cette manière de fonctionner.
  • Je l’avoue, mon départ d’Instagram est aussi une manière de sanctionner Facebook. L’union d’Instagram et Facebook est le fruit de la récente modification des CGU de Facebook, adoptés après un vote des utilisateurs qui n’a pas rassemblé le monde escompté. J’ai voté contre la clause qui prévoyait une intégration plus forte des filiales de Facebook, j’agis donc en cohérence avec moi-même en quittant ces services.
  • Au final, et c’est peut-être là la raison principale, après une année d’utilisation, je ne vois plus vraiment de valeur ajoutée à Instagram, qui est devenu pour moi un jouet lassant. J’ai fini par être lassé de devoir admirer des photos qui se ressemblent toutes, de photographes amateurs qui jouent aux professionnels parce qu’ils ont choisi de mettre un joli filtre sur leur photo somme toute banale. J’ai joué à ce jeu pendant longtemps moi-même, et je dois admettre que je suis devenu fatigué par ce côté artificiel que viennent mettre ces filtres photographiques sur le site.

Et vous, vous en pensez quoi d’Instagram ?