Facebook : La bourse ou la vie ?

Le vendredi 18 Mai, le réseau social Facebook est rentré en bourse.

Et depuis, tout le monde en parle comme le plus gros bide de l’année depuis John Carter.

Là où LinkedIn a vu son action progresser de 109% pour son premier jour en 2011, le cours FB n’a progressé que de 0,61% pour son ouverture. Puis, ça a été la dégringolade au fil des jours. Facebook est devenu la risée de la Sillicon Valley et l’espace de deux semaines. On intente des procès au site, au NASDAQ qui gère l’action FB, on préconise la mort prochaine d’un site surévalué. On s’interroge sur son modèle économique et on soulève toutes les failles dans la stratégie du site.

Mon but n’est pas d’analyser les raisons économiques du désastre de cette introduction en bourse. Je ne suis pas économiste, je n’en ai pas les capacités. Je ne veux pas non plus disserter sur l’avenir de Facebook à moyen/long terme, je ne suis pas prophète. Mon domaine de compétence est simplement d’essayer d’analyser Facebook, certaines de ses déclarations et sa structure, et essayer de comprendre pourquoi cette introduction en bourse a capoté. 

Souvent, on prend Facebook comme une entreprise de commerciaux aux dents longues, prêts à revendre notre vie pour des profits spectaculaire. Parfois aussi, on assimile Facebook au jouet tout bleu d’un adolescent frustré. Mais pourtant, Facebook dispose d’un véritable esprit d’entreprise et d’une vision à long terme.

Jusqu’à récemment, Facebook a toujours privilégié le développement de produit aux gains financiers. Ils pourraient laisser leur site en l’état, mettre un maximum de publicité surgissantes pour se faire de l’argent, et jouer la carte de la sécurité. Cela favoriserait leurs gains à court terme. Mais en l’occurrence, Zuckerberg ne pense pas de la sorte. Sa priorité, c’est l’expérience de l’utilisateur. L’utilisation doit être simple, agréable et intuitive. Et tout le monde sait que la publicité, c’est chiant.

En soi, Facebook s’est d’abord donné une mission sociale : rendre le monde plus ouvert et connecté (quant à savoir s’ils y arrivent, là est une question à laquelle seul l’avenir nous donnera une véritable réponse). Facebook planifie son évolution pour les 3, 5, voire 10 années à venir, et cherche à constamment innover pour pouvoir respecter sa mission au mieux. C’est pourquoi ils mettent constamment en place de nouvelles fonctionnalités, qui ne sont pas toujours nécessairement populaires sur l’instant, mais qui finissent par être adoptées par la majorité des utilisateurs par la suite.

Seulement, voilà. L’innovation n’est pas forcément la priorité des actionnaires. Ce que veulent ces derniers, en priorité, c’est de l’argent, et de préférence en abondance. Des dividendes juteux, des paquets de frics sur lesquels ne cracherait pas Marty Kaan. Un actionnaire se fiche un peu des visions à long terme et des plans du jeune patron. Ce qu’il veut, c’est pouvoir revendre ses actions plus cher qu’il ne les a achetées pour se faire de l’argent. De ce fait, peut-être que le plus grand risque que court Facebook n’est ni Google, ni Twitter, ni la fronde des utilisateurs, mais bien le grand capital, pas toujours visionnaire.

Et force est de constater que Facebook ne semble pas vouloir changer ses habitudes pour plaire et rassurer.

Dès le 1er février 2012, dans une lettre aux investisseurs, Zuckerberg annonçait la couleur : « Facebook n’a pas été créé pour être une entreprise, mais pour accomplir une mission sociale – rendre le monde plus ouvert et connecté. Nous pensons qu’il est important que tout ceux qui veulent investir dans Facebook comprennent ce que cette vision signifie pour nous, comment nous prenons nos décisions, et pourquoi nous faisons les choses que nous faisons. » S’ensuit un long développement sur la vision progressiste de Facebook et son idéal communautaire révolutionnaire.

L’une des premières mesures après avoir annoncé la préparation de son introduction en bourse a été la refonte des pages « J’aime », pour les adapter au format Timeline. Il est désormais impossible pour les marques de permettre à ses clients d’arriver sur un onglet de Bienvenue promotionnel ou une App pour gagner tel prix. On tombe automatiquement sur la Timeline. Un moyen pour Facebook de pousser les marques à raconter une histoire, à entrer en relation avec leurs consommateurs plutôt que de chercher à leur refourguer un produit à tout prix.

Pas plus tard qu’hier, Mark Zuckerberg continuait dans la même optique dépassionnée, alors même qu’il était sur le point de faire rentrer son entreprise au NASDAQ. Après une nuit blanche de Hackathon, ces sessions de travail de nuit intenses qu’organise Facebook, Zuckerberg arrive en hoodie, sous-entendant dans son discours que le nouveau statut d’entreprise publique n’était qu’une étape sur le long chemin de la vision de Facebook. Une étape pour gagner de l’argent… mais dont le seul but est de pouvoir investir sur le long terme. Un moment important, en bref, mais pas fondamental.

Tout ça pour dire quoi, au final ?

Même si les subtilités économiques m’échappent un peu (la bourse n’est pas mon fort), il me semble que l’un des soucis de Facebook dans toute cette histoire d’introduction en bourse, c’est que Mark Zuckerberg se fiche un peu de faire plaisir aux investisseurs et aux actionnaires. Sa cotation en bourse n’est à ses yeux qu’un moyen pour arriver à son objectif idéaliste.

L’avenir nous dira si Facebook réussira à maintenir dans la balance des choix économiques qui lui permettront de se maintenir sans sacrifier son idéal progressiste.