Community, c’est fini… ou presque !

Hier, je trainais sur les nouvelles Allociné, et je suis tombé sur cet article, qui faisait état des tensions entre Dan Harmon, créateur et showrunner de Community et les studios de productions Sony Pictures Television. Dan Harmon, l’âme de l’une des séries les plus originales et créatives du moment, aurait été sur le point de se faire virer de sa propre comédie.

J’ai eu un petit peu peur sur le coup, mais, bon, ma foi, ce n’était qu’une rumeur. Sony n’oserait jamais faire cela, quand même ?

Cette nuit, la nouvelle est tombée. Dan Harmon s’est bien fait virer, au final.

Je sais que je n’ai pas l’habitude de parler de séries ici, habituellement. Je me dis que si je commence, ça n’en finira jamais. Il n’en reste pas moins vrai que les oeuvres télévisuelles ont énormément d’importance pour moi. Pas simplement pour passer le temps quand je n’ai rien à faire, mais aussi sur un plan plus existentiel. Les oeuvres de fiction, dans leur ensemble, fonctionnent comme un miroir qui nous permet de lire et d’interpréter notre vie à la lumière du monde dévoilé sous nos yeux. Elles ouvrent de nouvelles possibilités de vie, et nous aident à mieux comprendre notre existence (mais je ne vais pas m’attarder là-dessus, j’ai déjà un article sur le feu qui parle de ça).

Avec le temps, j’ai appris à apprécier particulièrement les auteurs qui réussissent à transmettre une large part d’eux-mêmes dans ce qu’ils produisent. Qui jouent le jeu du miroir, qui ont un discours sur la vie, le monde, la réalité, les relations. C’est le cas de types comme Joss Whedon ou Steven Moffat à la télévision, ou Wes Anderson au cinéma (je suis ici purement subjectif – chacun ses références). Et Dan Harmon, le créateur de Community, fait partie de ces gens-là.

En trois saisons, ce dernier a réussi à faire passer Community d’une petite série prometteuse à l’humour référentiel, à l’une des meilleures comédies à l’antenne. Du moins, une comédie intelligente et unique à l’humour un peu bittersweet qui prend des risques. Une comédie avec pas mal de coeur et une âme très authentique sous ses faux-airs prétentieux. Donc, à mes yeux, l’une de mes favorites du moment. Et derrière tout cela, il y avait une équipe, et principalement un homme : Dan Harmon. Un homme exigeant qui réécrivait les scripts, investi, parfois agaçant, souvent attachant. Un homme qui se livre beaucoup à ses fans dans son blog ou sur Twitter, avec une franchise parfois déroutante. Beaucoup d’entre nous ont appris à aimer Community aussi grâce à Dan Harmon, l’homme derrière la machine, et à comprendre la série en rapport à son petit monde. Je ne vais pas vous faire une grande déclaration d’amour, là, maintenant, elle n’apporterait rien (il vous reste toujours celle d’Iris si vous voulez en lire une, elle est très juste et vraie).

Aujourd’hui, on apprend que le monsieur s’est fait virer. Comme ça. Personne chez NBC ou Sony Pictures Entertainment ne l’a appelé pour lui annoncer la nouvelle. Il l’a apprit sur  TV Guide, comme tout le monde.

Dan Harmon n’est pas un saint, il a sans doute sa part de responsabilité dans son éviction. Certains soulignent notamment son manque de capacité à gérer une équipe. Mais tout de même… Pourquoi renouveler une série pour une quatrième saison après moultes péripéties pour virer la personne qui est à la source de son essence même ? Sinon pour essayer de la rendre plus attractive à un public plus large en lui coupant une partie de son âme ? Et pourquoi ne pas même tenir au courant le principal intéressé de son changement de statut ?

Je sais que tôt ou tard, j’oublierai un peu. Dan Harmon fera peut-être quelque chose de très ambitieux ailleurs, et Community restera un simple bon souvenir. Je serai moins passionnel. Mais un fond de colère et de dépit reste. Et un peu d’impuissance, aussi. Là, normalement, je devrais me lancer dans un refrain moralisateur sur les conditions de production, la marchandisation de la culture et les motivations douteuses des programmateurs… Mais ce n’est pas comme si ça servait à quelque chose. Et puis, j’ai un article sur l’introduction en bourse de Facebook à terminer.

Je vais faire un tour dans le dreamatorium, tiens.