Le TOP 20 des albums de 2011

Cette année, beaucoup de disques sont sortis. Certains bons, d’autres très bons, certains plus moyens, voire mauvais. La presse musicale est en train de publier petit à petit ses Top 50, ses Top 30, ses Tops machins… Moi, j’ai décidé de vous présenter mes 20 disques favoris de cette année, dans la subjectivité la plus totale. Qui sont-ils ?

Comme dirait le dixième Doctor : « Allons-y ! »

 

20. Twin Sister – In heaven

Petite perle dream pop de l’année, découverte grâce à l’ami Youth Lagoon. D’un côté, nous avons à faire ici à une musique confortable, à la fois minimaliste et travaillée, qui nous emmène dans un monde semi-angélique. D’un autre côté, d’autres morceaux, tout en jouant la carte pop, vont davantage tirer vers davantage de groove à l’aide de batteries synthétiques. Une découverte des plus agréables.

19. Civil Civic – Rules

Le duo australien a réussi à soulever pas mal de hype avec Run Overdrive l’an passé. Les deux compères, qui vivent à plusieurs centaines de km de distance, composent chacun ses parties pour un morceau avant de le peaufiner via internet. Le résultat : un panache de post-rock et d’électro appuyés par une basse énergique et une guitare un peu énervée. Leur premier album, entièrement autoproduit, confirme la tendance pour devenir l’une des tueries de l’année.

18. Girls Names – Dead to Me

A voir la pochette et le titre de l’album, je m’attendais à une complainte new wave pseudo gothique. Loin s’en faut, Girls Names est un groupe d’indie pop dans la pure tradition de Slumberland : des mélodies efficaces et entêtantes, des guitares un peu bruitistes, un chanteur qui chante terriblement faux. Des espèces de Crystal Stilts qui se prennent moins pour des durs, ayant troqué le psychédélisme pour le surf.

17. Veronica Falls – Veronica Falls

Autre sensation buzz 2010 avec les singles Beachy Head et Found Love in a Graveyard, le groupe débarque avec un premier album beaucoup plus énergique que ses premiers essais, et c’est tant mieux. Ils gardent ce qui a fait leur recette (les harmoniques de voix géniales, les guitares pop sous réverb’ et les paroles glauques) pour travailler davantage leur son et le rendre un peu plus massif, plus efficace. Un album entêtant et énergique qu’on apprécie à la première écoute.

16. Implodes – Black earth

Disque génial et malheureusement trop méconnu. Implodes réussi à développer des structures sonores originales et très travaillées, qui lorgnent clairement vers un esprit shoegaze. Black earth est un disque résolument atmosphérique et aérien, qui est en même temps lourd comme le plomb et excessivement dense. Ci et là viennent se greffer une guitare acoustique très mélodique, petit à petit noyée sous des couches de guitares accumulées. L’un des disques les plus intéressants de l’année.

15. St Vincent – Strange Mercy

St Vincent est un autre disque original de l’année 2011. Avec une voix très douce et intéressante, l’artiste réussi à nous transmettre des morceaux très langoureux, volontairement flingués par des sons électroniques, des guitares étranges et des beats directs, dans un mélange délicieux de brutalité et de douceur.

 

14. Neon Indian – Era Extraña

Les lecteurs les plus attentifs de The Laddr connaissent déjà bien Neon Indian et son esthétique de VHS. J’avais déjà adoré son premier album, qui me replongeait dans mon enfance à coup de rétro-futurisme adolescent et un peu insouciant. Era Extraña lorgne vers le même univers rétro en laissant de côté l’insouciance pour rentrer dans un monde un peu plus sombre, à l’avenir incertain. Un album un peu plus intéressant que le premier, qui place le jeune nord-américain en objet musical à surveiller.

13. Iceage – New Brigade

Cette bande de branleurs danois m’a permis cette année de retomber en adolescence, à l’époque où j’écoutais du punk très fort dans ma chambre. Les paroles inintelligibles, les guitares rapides et bruyantes, la batterie efficace et énergique, les morceaux de 2 minutes, une certaine dose de chaos, la fureur, la passion, tout y est. En un seul morceau, Iceage réussit à nous prendre à un endroit pour nous amener ailleurs, avec 4 idées à la minute. Chapeau.

12. Yuck – Yuck

Autre sensation hype de 2010 qui a réussit à marquer l’essai sur album. Au départ simples petits clones britanniques de The Pains of Being Pure at Heart, le jeune groupe a réussi à aller plus loin, en apportant énormément de profondeur à des morceaux simples. Yuck nous rabâche les années 90, tendance Pavement ou Teenage Fanclub, et réussit pourtant à en faire un disque profondément actuel et ancré dans son époque.

11. Real Estate – Days

Jusque là souvent boudé, relégué au rang de groupe pop mollasson du New Jersey, Real Estate a réussi à confirmer les qualités de leur premier album, qui fut l’un de mes favoris de 2009. Bien plus, ils réussissent à aller un cran plus loin en travaillant davantage leurs mélodies, pour créer un album qui se place en hymne magnifique à la simplicité des moments de la vie quotidienne.

 

10. Laura Marling – A Creature I don’t Know

Si j’étais jusque là passé un peu à côté de la nouvelle princesse du folk britannique, cette année fut pour moi une nouvelle révélation. Avec cet album, j’ai pu me plonger dans la discographie de la chanteuse, qui du haut de ses jeunes années, chante et joue avec la maturité d’une grande. Bien que légèrement en dessous que son deuxième album, A Creature I Don’t Know confirme les qualités d’une artiste à dimension intemporelle, avec laquelle il faudra compter dans les 10 années à venir.

9. Kurt Vile – Smoke Ring for my Halo

Découvert cette année avec ce nouvel album, Kurt Vile tourne pourtant depuis de longues années sous sa coupe de cheveux hirsutes. L’artiste construit des compositions travaillées, à la fois intimes et inquiétantes, qui nous baladent dans un paysage américain un brin désenchanté, vu à travers les yeux d’un auteur-compositeur qui semble constamment incertain. Kurt Vile se place toujours en retrait par rapport à sa musique dans laquelle il n’est pas toujours facile d’entrer de prime abord. Mais à celui qui fera l’effort en sortira grandis et conquis par les mélodies brillantes et la personnalité unique de l’artiste.

8. Washed Out – Within and without

Après avoir été porté aux sommets par les blogs et la critique musicale avec l‘efficace Feel it all around, Washed Out a subi le contre coup de la dévalorisation systématique de ceux qui l’avaient jusque là encensé. Le jeune artiste a donc pris son temps pour pondre son disque, et il a bien fait. Il transforme l’essai avec un disque efficace, langoureux et sensuel, rempli de finesse et de retenue.

 

7. Cut Copy – Zonoscope

Dire que les synthés sont de retour en 2011, c’est un peu périmé. Après tout, ça fait depuis 2008 qu’on nous rabâche leur retour. Mais le troisième disque des Australiens illustre bien cette dynamique en ressuscitant des sons dignes de Georgio Moroder ou Men at Work, signe manifeste que la décennie maudite des 80’s dont il ne fallait prononcer le nom il y a encore 10 ans revient dans les mœurs. Toujours est-il que ce disque fut l’un de ceux qui m’a le plus enthousiasmé cette année, tournant en boucle pendant une bonne partie de la saison printemps-été.

6. The Pains of Being Pure at Heart – Belong

Leur premier album m’avait instantanément transformé en groupie inconditionnelle. Grâce à eux, j’ai découvert le shoegaze, Sarah Records, Slumberland, et l’indie pop en général. Dire qu’ils sont l’un des groupes les plus importants de mon coeur est peu dire. Avec Belong, le groupe s’est clairement dirigé vers davantage de professionnalisme, avec des guitares en avant et une assurance multipliée par trois. Mais loin de céder aux sirènes de la mièvrerie et des profits immédiats, le groupe continue de tirer la corde de la nostalgie 90’s, signant ainsi l’un des albums les plus rafraîchissants de l’année.

5. The War on Drugs – Slave Ambient

L’ancien groupe de Kurt Vile est l’une de mes révélations personnelles de l’année. Il réussit le pari de faire de la musique à la fois intimiste et recherchée, qui frôle parfois les expérimentations légèrement psychédéliques, qui ne ferait pour autant pas tâche dans un stade ou une grande salle. S’il continue sur cette lignée, il se pourrait bien que le prochain album du groupe devienne le Yankee Hotel Foxtrot des années 2010. Un groupe à suivre de très près dans les années à venir.

4. Weekend – Red EP

Voilà un petit EP auquel je n’ai pas grand chose à reprocher, qui fut l’un de mes disques favoris de l’année. Le groupe ramasse à droite à gauche pour forger un son bien à lui, au croisement du noise, du shoegaze et de la pop. Leurs morceaux sont très directs et authentiques, ils viennent des tripes. Tout sonne parfaitement bien construit, tout est efficace au possible. Seul soucis : c’est un peu trop court. On attend donc avec impatience la suite.

 

3. John Maus – We must become the pitiless censors of ourselves

Pionnier de la scène lo-fi avec Ariel Pink et R. Stevie Moore, John Maus signe l’un des disques les plus surprenants de 2011, et probablement l’un de mes favoris. Bourré de boites à rythmes, de synthétiseurs vintages et d’échos en tout genre, le disque alterne des morceaux excessivement tendus dignes de Joy Division avec des balades synthétiques merveilleuses. John Maus, artiste solitaire et intellectuel, fait de la musique pour interroger, provoquer une réaction chez l’auditeur. Soit on comprend la démarche et on y adhère, soit on y est rebuté. Mais on reste rarement indifférent face à la profondeur d’une telle œuvre.

2. Still Corners – Creatures of the hour

La plupart du temps, ce disque a été détesté ou adulé. Personnellement, j’appartiens à la seconde catégorie. Il faut dire que je suis faible, mettez moi une jolie fille qui fait de la dream pop avec une voix cristalline et je suis conquis d’avance. Beaucoup ont trouvé ce disque monotone et chiant. C’est peut-être parce qu’ils n’ont pas fait l’effort de rentrer dans son univers particulier, en suspension permanente. Tantôt vaporeux et aérien, tantôt pris dans un souffle haletant, le disque demande beaucoup d’investissement et d’attention. Mais si vous réussissez à vous laisser embarquer dans l’univers de Still Corners, vous n’en sortirez probablement pas indemne.

1. Youth Lagoon – The Year of Hibernation

Chaque année, il y a un jeune artiste qui sort du lot, qui vous touche particulièrement, même si personne ne comprend pourquoi. Cette année, c’est le jeune Trevor Powers qui gagne la palme. Chez Youth Lagoon, tout sonne vrai et authentique, de la finesse des arrangements à la puissance des mélodies ou la simplicité des paroles. On est loin de certaines formations garage qui paradent en lunettes de Soleil à la mode, recherchant des zestes de coolitude. Le disque retranscrit parfaitement le passage de l’insouciance adolescente à l’incertitude de l’âge adulte, entre recherche d’aventure et repli intime. Avec ce disque, Youth Lagoon rentre dans mon panthéon personnel, et se place comme un artiste prometteur, promis à un avenir radieux. A suivre.

Mention honorable va aussi aux artistes suivants : Male Bonding, Mark McGuire, Widowspeak, Marteau Boy, Craft Spells, Toro Y Moi, Tennis, Lykke Li, Panda Bear,  Puro Instinct, Beach Fossils, Cloud Nothings, Peaking Lights.

Déceptions de l’année : M83, Bon Iver, Summer Camp, Cults.

Meilleure BO de l’année : Drive (le film m’a laissé circonspect, mais quelle musique !!)

Album inclassable : Girls – Father, Son, Holy Ghost, dont je n’arrive toujours pas à dire si je l’adore ou si je le déteste.

Déceptions ? Désaccords ? Réjouissances ? Autres ? Vous pouvez laisser votre rage s’exprimer en commentaire.

Pour écouter un peu tout ça, j’ai fais une petite playlist Spotify avec un morceau de chacun de ces disques, y compris les mentions honorables. Elle est disponible par ici. Si tu es fidèle à Deezer… tant pis pour toi. Tu peux râler en commentaire, et si vous êtes assez nombreux, je ferai un effort.