Chronique : Laura Marling – I speak because I can

Aujourd’hui, vous avez droit à un album qui a déjà plus d’un an et demi. Pour une fois, pas de synthés bizarres, pas de voix étouffées, ni d’enregistrements réalisés dans une baignoire. C’est un disque très propre, avec des guitares acoustiques et des voix jolies. Il s’agit de I speak because I can de Laura Marling.

Laura Marling ?

Certains d’entre vous ont pu la découvrir avec la compilation Fall is here, mais qui est-elle ? Laura Marling est une jeune artiste folk de 21 ans, qui a déjà 3 albums excellents albums à son actif. Originaire d’une petite famille middle-class du Sud de l’Angleterre, elle déménage à Londres à 16 ans. Elle enregistre des titres à droite à gauche et collabore avec The Rakes sur un morceau (Suspicious Eyes). Elle rejoint le groupe Noah and the Whale, sur lequel elle enregistre les chœurs de leur premier album, Peaceful the world lays me down. Elle lie une idylle romantique avec le leader Charlie Fink, qui lui produira son premier album.

 

En 2008, elle quitte le groupe et Charlie Fink, et sera directement responsable du très mélancolique deuxième album de Noah and the Whale, First Days of Spring, composé suite à leur rupture. Elle traînera ensuite davantage dans l’entourage de Mumford and Sons, autre groupe phare de la scène folk londonienne, et finira par sortir avec le leader Marcus Mumford, qui sera choriste et musicien pour son deuxième album, I speak because I can.

Nominée deux fois aux Mercury Awards, gagnante du Brits de la meilleure artiste féminine britannique en 2011, ses albums se vendent par milliers et sont tous salués par la critique. Son dernier album, A Creature I don’t know, est sorti il y a quelques semaines. Au fait, elle ne sort plus avec Marcus Mumford depuis un peu moins d’un an. Il est aujourd’hui fiancé avec son amour de jeunesse, l’actrice Carey Mulligan… Comme quoi, même chez les folkeux, y’a du ragot.

I speak because I can

M’étant habitué ces derniers temps à davantage de musique aérienne, privilégiant la création d’une ambiance musicale plutôt que la composition d’une chanson au sens traditionnel du terme, je dois avouer que Laura Marling me sort un peu de mes sentiers battus. Sa musique est d’une simplicité étourdissante, et pourtant, elle fourmille de complexité et de profondeur. Si elle est capable de grandes envolées, elle reste toujours terre à terre, radicalement authentique.

I speak because I can n’est pas un disque original. Certains n’hésiteront pas à le qualifier de passéiste (il n’est d’ailleurs pas surprenant de voir que Laura Marling collabore avec un autre passéiste bien connu, à savoir l’ancien leader des White Stripes Jack White). Il évoque Joni Mitchell, Bob Dylan, les guitares de Nick Drake. Les arrangements sont épurés, simples, et efficaces, construits à partir de banjos, de guitares acoustiques et d’instruments à cordes. Sa musique renvoie à la vie rurale de la campagne anglaise, à des complaintes mystiques sur le jugement, la mort, et surtout, sur le fait de passer de l’adolescence à l’âge adulte. De ce point de vue, I speak because I can est l’un de ces disques intemporels, qui auraient pu être enregistrés en 1965, en 2010, dans le Yorkshire du XIXe siècle, voire même par une sœur Béguine mystique underground du XIIIe siècle. En ce sens, I speak because I can est un peu plus qu’un disque. Sa poésie musicale et sa poésie des mots transforme le disque en œuvre quasi-littéraire, qui explore les âges et la féminité.

Alors âgée de seulement 20 ans, Laura Marling a réussi à faire preuve d’une maturité déconcertante. Tantôt, on a à faire à une force de caractère intimidante et fascinante (Devil’s spoke, Hope in the air), tantôt à une simplicité touchante et agréable (Made by maid, Blackberry Stone, Darkness Descends). Mais même au milieu de ses élans semi-lyriques, Laura Marling n’en fait jamais trop. Elle reste toujours dans la retenue. Une qualité appréciable à une époque où il est de bon ton d’en faire des tonnes pour émouvoir le plus possible son auditeur afin de le pousser au portefeuille par les larmes. La simplicité de la chanteuse est sa plus grande force, une qualité qui lui donne d’autant plus d’aura et de charisme. Au milieu du disque, on est même plongé dans un univers de nostalgie magnifique, où Laura Marling nous emmène vers ses racines, dans la campagne enneigée du Hampshire, sur Goodbye England (Covered by snow).

I speak because I can est donc un ouvrage important de la scène folk actuelle, pas spécifiquement original, mais relativement unique dans son exécution, qui réussi l’exploit de fédérer à la fois succès public et critique. Avec ce dernier, Laura Marling s’est imposée comme une future grande, éprise de liberté artistique. Je pense même qu’au vu de son jeune âge, ce n’est presque pas abusé d’attendre d’elle de futurs prodiges. Qui vivra verra.

Pour écouter sur Deezer, et sur Spotify.