Chronique : Neon Indian – Era Extraña

Je ne vais pas vraiment vous faire l’affront de vous présenter à nouveau Alan Palamo et Neon Indian. Je vous avais déjà parlé de son premier album, Psychic Chasms. Figurez-vous que le bougre a remis le coup en sortant un album la semaine dernière, qui s’appelle Era Extraña (vous ne pouvez pas vous imaginer combien il soule ce n, là !), et il est très bien. Pour ceux qui ont la mémoire courte, ou qui n’ont pas lu la chronique de Psychic Chasms, je vous envoie ici. Pour ceux qui s’en souviennent bien, passons à la suite de l’histoire.

Après une tournée mondiale, Neon Indian a eu envie de replonger en lui-même pour écrire son nouveau disque. Il fallait qu’Alan se retrouve à nouveau seul, avec ses instruments, en se coupant complètement de son univers habituel. C’est comme ça qu’il a décidé de se poser pour quelques semaines à Helsinki, pendant l’hiver 2010. Entouré de froid et de brouillard, à une période de l’année où les journées y sont très courtes, il a du faire face à une cure de non-Soleil pour réussir à se plonger dans la musique, et dans ses nouveaux instruments.

C’est ainsi que naquit Era Extraña.

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Et la cure d’introspection en Finlande se ressent très fort. Bien sûr, Neon Indian reste fidèle à certains points phares de sa musique. Il reste dans son monde très rétro, son esthétique de VHS, son univers de science-fiction passéiste. Mais là où Psychic Chasms avait beaucoup de groove, un côté très coloré et enfantin, Era Extraña va plus en profondeur. Il est plus introspectif, plus émotionnel. Plus mélancolique, aussi, en quelque sorte.

Neon Indian réimagine à nouveau notre futur en musique, avec une grosse dose de nostalgie et de passéisme, mais dans une version beaucoup moins positive. Là où il nous prenait par la main pour nous emmener vers un monde insouciant où nous pouvions voyager en Hoverboard dans son album précédent, il nous emmène aujourd’hui dans un univers différent. C’est un monde de grands espaces urbains froids et désolés. On peut y croiser des réplicants, des pubs géantes sur les façades d’immeubles, et des zeppelins déglingués. C’est un monde où le futur est beaucoup plus incertain. Et au milieu de tout cela, Era Extraña recherche la beauté au milieu d’un monde clos et désincarné à l’avenir incertain. Il essaye d’imaginer l’amour et la solitude adolescente dans la société du progrès déclinant. Dans le fond, Era Extraña parle aussi un peu de nous, et de la difficulté de vivre en tant qu’être humain et de se construire une identité dans un monde de science-fiction qui avance plus vite que le temps lui-même.

Au niveau du son et de la musique, Neon Indian continue de se rattacher au passé et à la nostalgie comme si elle permettait de respirer en eaux troubles. The Blindside Kiss sonne comme du My Bloody Valentine (période You made me realize) avec sa saturation crasse et sa voix étouffée auquel on aurait rajouté ces sons de science-fiction vintage propres à Neon Indian. Le groove de Psychic Chasms reste encore présent ici ou là (sur Future Sick, Polish Girl, ou surtout Heart Release, qui rappelle pas mal l’autre projet de Palamo, Vega).

Mais c’est par une série de morceaux pop, stellaires et très emblématiques, que l’album trouve toute sa force.

Hex Girlfriend, pour commencer, qui après le brouillard sonore de Blindside Kiss vient résonner comme un monument de force et de clarté à l’énergie très rock, qui rappelle les meilleures heures du glam (et pourtant, ceux qui me connaissent savent que je n’ai pas un goût prononcé pour le glam rock). Fallout, qui pourrait être tiré de la BO de Pretty in pink,  est lui aussi un petit monument de force aérienne, qui se découle progressivement son ambiance sonore… sans jamais vraiment arriver à un point culminant. Halogen (I could be a shadow), – peut-être le morceau le plus emblématique du disque, à mes yeux – est un hymne incroyable, qui rappelle le meilleur de la pop, de Cocteau Twins à M83 (période Saturdays=Youth). Suns Irrupt, et ses sonorités légèrement asiatiques, témoignent d’un monde léger qui fuse à toute vitesse, prêt à s’écrouler sur lui-même, dans lequel il est facile de s’étouffer. Enfin, Arcade Blues, bonus track instrumental qui conclut l’album avec brio, aurait pu être composé dans la Forteresse de solitude d’un Superman afro et mélancolique.

En clair, avec Era Extraña, Alan Palamo a réussi à rebondir sur les choses qui faisaient la qualité du premier album pour les emmener plus loin. Il quitte l’amateurisme bon teint de Psychic Chasms pour perfectionner son univers et illustrer ses qualités de songwritter au-delà du simple bidouillage de sons funs. Le jeune homme de 23 ans commence à avoir un véritable discours sonore sur l’époque de progrès désenchanté dans laquelle nous sommes entrés, fait d’avenir incertain, d’avancées technologiques phénoménales qui servent à véhiculer des photos de chatons et de Scarlett Johansson. En ce sens, Neon Indian, malgré toute sa nostalgie et son côté rétro, pourrait peut-être inventer la BO que laquelle danseront les adolescents amoureux de l’Apocalypse ?

Pour écouter tout ça sur Deezer, c’est par là.
Si vous êtes plutôt Spotify, c’est plutôt par ici.
Pour le reste, tu te débrouilles, hein.