L’Empire contre-attaque : la riposte de Facebook à Google et Twitter

Depuis son lancement en 2004, Facebook a toujours su aller de l’avant. Ils ont fréquemment changé de design, rajouté de nouveaux outils et fonctionnalités pour améliorer l’expérience de l’utilisateur. Aujourd’hui, Facebook est devenu un véritable Empire, qui s’étend aux quatre coins de la galaxie web, avec ses boutons Like et son Social Graph.

Au mois de Juin, un autre Empire de la galaxie a attaqué. Ancien ténor dominant le monde du web, Google s’est senti menacé par ce nouvel Empire. Son web à lui, celui des mathématiques et de la recherche qui tombe du Ciel se voyait supplanter par un nouveau web, celui du partage et de la découverte. Petit à petit, les internautes ont commencé à laisser l’information venir à eux, plutôt que de la chercher directement. Sous la menace de se faire mettre au placard, l’empire Google a lancé Google+ dont nous avons déjà eu l’occasion de parler ici, pour contrer Facebook et avoir sa part du gâteau dans le web des utilisateurs.

Mais l’Empire Facebook ne se laisse pas faire aussi facilement.

Parce que quand on attaque l’Empire, l’Empire contre-attaque.Les Listes, la réponse aux Cercles

Le principe de base de Google+, c’est que nous n’avons pas une liste d’amis monolithiques, mais tout un tas de groupes auxquels nous voulons partager différentes choses. C’est ce que le géant de Redmond appelle les Cercles.

Facebook a désormais lancé les Smart Lists. Les listes, en soi, existent depuis longtemps sur Facebook (fin 2007/début 2008, si mes souvenirs sont exacts), mais elles n’ont jamais été vraiment mises en avant. Désormais, Facebook semble vouloir les mettre bien plus en avant qu’auparavant.

D’office, vous avez 4 listes remplies automatiquement, basées sur les informations que vous avez fournies à Facebook :

– votre travail
– votre école
– votre famille
– votre ville

Tous vos amis qui étaient dans votre école, votre travail, ou votre ville vont d’office dans ces listes, auxquelles vous pouvez toujours rajouter du monde, ou en supprimer. Facebook propose également une liste de « Top Friends » et d’« Acquaintances » (Meilleurs amis et Connaissances, en français). Vous pouvez même mettre certaines personnes dans une liste « Restricted ».

Dès à présent, vous pouvez classer vos amis, pour partager avec certaines personnes certaines choses précises, et avec d’autres non. Vous voulez avoir un renseignement sur les gens qui vont au baptême de votre petit cousin, sans vouloir importuner vos amis Facebook ? Il suffit de sélectionner « Famille » lorsque vous posterez votre statut, et seuls les membres de votre famille le verront. Vous cherchez quelqu’un avec qui boire un verre dans votre ville ? Il suffit d’envoyer le statut aux amis qui sont dans votre ville.

 

En soi, tout cela existait déjà auparavant. Simplement, ces listes sont beaucoup plus élaborées, mises an avant pour que le grand public puisse se les approprier. Remplies automatiquement d’emblée, elles peuvent être entièrement personnalisées manuellement.

Le bouton Subscribed, la réponse à Twitter

Sur Twitter, vous pouvez pratiquement suivre tout le monde. Vous n’êtes pas obligés d’être amis avec les gens. Vous voulez suivre les tweets de Nikos Alliagas ? Aucun souci, il suffit de le suivre sur Twitter.

Désormais, pour toute personne qui le désire, il est possible d’activer la fonction « Subscribed », qui rend la chose plus ou moins similaire sur Facebook. Vous désirez suivre les actualités publiques d’une personne, sans pour autant l’avoir dans vos amis ? Pour ça, il y a le bouton Subscribed.

Concrètement, vous n’êtes pas amis avec la personne, vous êtes juste abonnés. C’est une relation à sens unique : vous seul voyez son contenu, elle ne voit rien du vôtre. Vous êtes intéressés par l’actualité de Mark Zuckerberg (le fondateur de Facebook) ? Il suffit de vous abonner à son fil d’actualité. Franchement, vous n’avez pas besoin d’être ami avec lui, vous ne le connaissez pas !

Vous pouvez aussi recevoir des abonnés. Ces derniers ne verront que ce que vous acceptez de leur montrer, selon votre propre paramétrage. Vous pouvez donner à un abonné plus de contenu qu’à un autre. C’est entièrement personnalisable.

Le bouton Subscribed vous donne également davantage de contrôle sur votre fil d’actualité. Une fois que vous êtes abonnés à une personne, vous pouvez choisir son degré d’importance dans votre fil d’actualité. Dès que vous activez l’option, vous êtes automatiquement abonnés à tous vos amis. En outre, si vous ne voulez pas voir toutes les updates de The Sims Social de votre petite cousine (la grande soeur de celui qui va se faire baptiser), c’est aussi possible, car vous pouvez sélectionner ce que vous voulez voir chez chaque personne. En clair, le bouton Subscribed permet également une plus grande personnalisation du fil d’actualité.

Et en soi, ça change quoi, tout ça ?

Ca change pas mal de choses.

Tout d’abord, depuis ses origines, Facebook a toujours voulu être un reflet de la « vraie vie ». On était amis avec des gens qu’on connaissait vraiment, en général. Avec l’arrivée du « Subscribe », Facebook se transforme petit à petit en réseau de transmission d’informations à la Twitter.

Cependant, avec la mise en avant des listes, Facebook marque un point supplémentaire en expérience utilisateur. Même si le concept est en grande partie pompé sur Google+, il offre à l’utilisateur un plus grand contrôle de la transmission de son information, et se rapproche de la « vraie vie » (même si le terme est discutable). Mais Facebook va encore plus loin, en vous proposant automatiquement des gens à placer dans les listes.

Cependant, ce n’est pas sans poser également d’autres problèmes :

Facebook arrive largement trop tard avec ses listes intelligentes. Est-ce que le grand public prendra vraiment le temps de classer ses centaines d’amis  dans les différentes listes ? Nul doute qu’une majorité se contentera des propositions automatiques de Facebook en terme de listes.

– Compartimentaliser l’information peut-être pratique, mais peut également poser problème, freinant ainsi le « web de la découverte » que Facebook a aidé à forger. En clair, si je poste une vidéo géniale à une certaine liste de personnes, je ferme la découverte à tout un tas de gens qui auraient pu la découvrir, l’apprécier, qui auraient éventuellement pu être bouleversés par cette dernière.

– En privilégiant les contenus de nos meilleurs amis, au détriment de ceux que l’on connaît moins, on se ferme à une foule d’opportunités. Nos relations plus lointaines et occasionnelles ont davantage de chances de circuler dans des cercles différents des nôtres, et donc de nous ouvrir à des opportunités (de vie, de carrières, de découvertes…) nouvelles. C’est ce que le sociologue Mark Granovetter appelle « la force des liens faibles ». En resserrant les liens forts, Facebook ferme donc plusieurs portes à ses utilisateurs en les renfermant dans leur cercle intime. Et de toute manière, ces gens là ne sont-ils pas ceux que nous sommes censés voir quotidiennement  « hors-ligne » ?

Maintenant, c’est à Google et Twitter de suivre avec de nouvelles innovations. Espérons simplement que dans la guerre galactique que se lancent les grands Empires sociaux du web, l’utilisateur puisse y trouver son compte avec des produits de qualité qui cherchent à le mettre au centre de l’équation.

Sinon, ce sera à nous de former l’Alliance des Rebelles…