2 mois et demi dans la peau de Google+

Le 28 juin dernier, Google annonçait en grandes pompes son nouveau service de réseau social, Google+. Le 29, le service était ouvert aux invitations. Les blogs, les médias et le web entier ont transmis l’information. Sur Twitter, Google+ est devenu illico un sujet phare de discussion et l’est resté pendant quelques jours. Beaucoup se sont démenés pour trouver une invitation. C’était dans l’air : on avait devant nous le Graal, le nouveau réseau social qui allait enterrer l’Empire Facebook.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Ayant eu la chance de rejoindre la machine le 30 juin, je me suis retenu de faire de grandes déclarations à l’emporte pièce pour prendre un peu mon temps. Voici un peu le reflet de mon expérience Google+…Qu’est-ce que c’est ?

Vous l’avez compris, Google+, c’est la tentative de Google de lancer enfin un produit pertinent dans le monde du web social. Depuis quelques temps, Google essaye de s’y frotter (avec les fiascos de Wave et Buzz). En pratique, Google+ est une plateforme où vous avez un profil, vous partagez du contenu (liens, vidéos, photos), vous publiez des statuts, vous suivez le flux des informations partagées par vos amis, vous pouvez discuter avec eux… N’est-ce pas déjà ce qu’on peut trouver sur Facebook ? Si.

Mais Google+ innove principalement sur un point majeur : les Cercles.

Les Cercles ?

Google est parti d’un simple constat : nos relations ne sont pas uniformes. Nous ne traînons pas avec un seul cercle unique. Nous avons nos collègues de travail, nos camarades de classe, notre famille, les mecs de la gym, les gens rencontrés en ligne via Twitter, ou autres… On ne veut pas forcément partager ses statuts et événements privés avec nos collègues. C’est pour ça que Google+ a inventé les Cercles. Vous placez les gens dans différentes catégories (les Cercles), et vous partagez les choses avec le Cercle en question.

Bien sûr, Facebook vous permettait déjà de faire des listes d’amis et de partager du contenu privé, mais, il faut l’avouer, c’était un outil très peu utilisé. Sur Google+, l’outil est central, et toute l’architecture est basée là-dessus.

Et alors ?

Et alors, oui et non.

Lors de mon premier jour, j’étais très content. Comme beaucoup de monde, j’aime bien découvrir de nouveaux jouets. On organise ses cercles, on met en place son profil, et tout est relativement enthousiasmant, au départ, surtout que la plateforme est relativement intuitive et agréable. On s’amuse à poster des vidéos de chat, on poste un statut, on invite du monde, on commente, on +1. C’est le phénomène de découverte.

Puis vient la première semaine. Petit à petit, l’enthousiasme fait place à l’ennui. Ca a beau être joli et intuitif, il faut admettre qu’il n’y a pas grand monde qui poste des choses là-dessus. La vérité, c’est que la plus grande partie de mes amis est déjà sur Facebook, et une partie aussi sur Twitter. J’ai déjà un usage personnel des deux réseaux (Facebook pour communiquer et me tenir au courant des nouvelles de mes proches, et Twitter pour être à l’affut de l’actualité médiatique et culturelle, et partager mon avis avec des gens aux centres d’intérêts similaires aux miens), et je ne vois pas vraiment ce que je pourrai poster de plus sur Google+.

Puis, après un mois d’utilisation, on se rend compte que, dans le fond, personne ne poste rien. Excepté peut-être une ou deux personnes. Peut-être que tout le monde poste des choses à ses cercles en privé. Mais moi, je n’ai rien à voir, à découvrir. Vu que c’est vide, je n’ai aucun contenu auquel réagir… Du coup, vu qu’il n’y a rien, je ne poste rien non plus. A certains moments, j’aimerai partager quelque chose à une personne en particulier, mais impossible de poster sur l’équivalent d’un « mur » Google+. Du coup… Je vais le faire sur Facebook, et je laisse tomber la plate-forme de Redmond.

Aujourd’hui, après plus de deux mois et demi d’utilisation, je n’ai pratiquement plus remis les pieds sur Google+ depuis un moment. Et pourtant, j’utilise pratiquement quotidiennement Facebook et Twitter.

Une soirée sans dj

Les dernières statistiques concernant Google+ sont plutôt mitigées. Au mois d’août, le réseau avait atteint 25 millions de membres (on doit avoisiner les 40 millions aujourd’hui, mais je n’ai pas réussi à confirmer ce chiffre)… dont 83% étaient inactifs. Depuis le mois de juillet jusqu’à aujourd’hui, le nombre de publications publiques a diminué de 41%.

Aucune donnée n’est connue sur les publications partagées en privé, au sein des Cercles. Il est peut-être légitime de penser que beaucoup de monde communique en privé, vu que c’est le principe de l’architecture Google+ de ne partager qu’aux gens concernés. Ou bien, on peut également penser que beaucoup de gens sont dans ma situation : ils n’ont pas de place pour un 3è réseau social, ils s’ennuient sur une plate-forme où il ne se passe pas grand chose, et se désintéressent de l’outil une fois l’effet de nouveauté passé…

De ce point de vue-là, Google+ ressemble un peu à une grosse soirée sans ambiance… Tout le monde est venu à 18h, parce qu’on nous annonçait quelque chose d’énorme. Mais dans les faits, personne ne dit rien, et l’ambiance et moribonde. Il n’y a que des étudiants et des geeks, 70% de mecs, et à part quelques pelés, personne ne dit rien. Alors on retourne à nos habitudes, chez le voisin d’à côté, où on est sûr de trouver du monde à qui parler.

Quel avenir ?

Google+ a su attirer des millions de membres. Le problème, c’est que le site souffre d’arriver trop tard et, pour l’instant, souffre d’un manque d’utilité directe. Mais le site n’est pas à enterrer dans le firmament des échecs de Google pour autant.

Google finira par imposer le produit d’une manière ou d’une autre, que ce soit par la publicité massive, ou notamment en reliant Google+ à d’autres produits Google (Google+ obligatoire comme portail d’entrée de Google+ TV, par exemple). Le géant de Redmond est patient, et saura attendre le bon moment pour faire décoller son bébé.

Pour cela, cependant, Google devra probablement apprendre à se défaire de son esprit d’ingénieur universitaire pour chercher à comprendre davantage ses utilisateurs. Pour les Cercles, Google a profité de l’expérience et des recherches de Paul Adams, qui travaillait pour eux pour améliorer l’Expérience Utilisateur. C’est lui qui a posé la base de G+, et le concept des Cercles. Mais à ses yeux, « Google valorise la technologie, pas les sciences sociales. ». C’est pourquoi ce dernier a quitté Google en décembre 2010 pour rejoindre… Facebook.

Seul l’avenir nous dira si cette décision a été vraiment judicieuse…

Quand à vous, quelle a été votre expérience sur Google+ ?

Quelles perspectives d’avenir envisagez-vous pour la plate-forme sociale de Google ?

Qui, de Facebook, Twitter ou Google, réussira à faire preuve de l’innovation qui nous mènera vers notre futur ?