Q&A avec Youth Lagoon

Je vous parlais de lui lundi dernier comme d’un jeune homme talentueux, promis à un avenir radieux. Pour vous permettre de le connaître encore un petit mieux, je me suis permis d’aller poser quelques questions à Trevor Powers, plus connu sous le nom de Youth Lagoon. En plus de faire de la musique absolument merveilleuse, c’est aussi un type adorable. Du coup, je vous recommande d’autant plus chaleureusement sa musique, ainsi que la lecture de l’interview ci-dessous.

Alors, Trevor Powers… Qui es-tu ? D’où viens-tu, qu’est-ce que tu fais dans la vie ?

J’ai 22 ans et je viens de Boise, dans l’Idaho. Généralement, je passe mon temps avec des gens que j’aime, ou seul dehors, quelque part.

Pourquoi et comment as-tu commencé Youth Lagoon ?

J’ai essentiellement commencé Youth Lagoon pour avoir un moyen de faire sortir beaucoup de choses de ma tête. C’est toujours difficile de dire ça et de réussir à en faire sens, mais Youth Lagoon existe pour transformer en musique toutes les pensées et les émotions que j’ai en moi. J’ai lutté avec une extrême anxiété tout au long de ma vie, et ça joue sans aucun doute un rôle dans ma musique, de même que la lutte entre le passé et le présent… Ou même les souvenirs en général. Il y a beaucoup de douleurs dans une vie, ainsi que de l’espoir, et la vie est toujours un combat entre les deux.

Les premières fois que j’ai eu l’occasion d’écouter ta musique, ça sonnait vraiment comme quelque chose de profondément vrai, nostalgique et sensible. Quel était ton état d’esprit lorsque que tu as enregistré The Year of Hibernation ?

Je traversais beaucoup de choses dans ma vie. J’étais très occupé par les cours, et j’avais tous ces autres projets pour mon futur. L’amour de ma vie était très occupée, et du coup je me suis retrouvé à passer beaucoup de temps en « hibernation » à écrire ces morceaux. Je n’avais pas vraiment de projets pour l’album, autre que d’enregistrer ces morceaux. Et quand j’ai sorti l’un des morceaux en ligne, July, soudainement tous ces gens ont commencés à accrocher. C’est un sentiment merveilleux de voir tant de personnes qui se reconnaissent dans ma musique.

Peux-tu décrire ton processus de composition ?

Habituellement, mon processus de composition consiste simplement à m’asseoir devant un piano et essayer de jouer mes pensées. Je n’ai pas vraiment de formule que je suis systématiquement, à part que j’écris généralement les paroles et les parties musicales ensemble.

Ton album était censé sortir le 5 juillet sur Juno Beach Recordings, mais tu as annoncé il y a quelques jours sur ta page Facebook qu’il en irait autrement. Peux-tu nous raconter ce qu’il s’est passé ?

Quand l’album était enregistré et mixé, je l’ai envoyé à Lance Smith qui est derrière Pandit pour qu’il puisse le masteriser. Je l’avais rencontré une fois à Boise lorsqu’il était en ville et j’avais découvert par un ami à moi qu’il faisait du mastering. Lance a fini par m’appeler un soir et m’a annoncé que lui et quelques amis allaient fonder un label appelé Juno Beach Records et ils voulaient sortir mon disque en vinyle. Au fil des mois, les deux morceaux que j’avais mis en ligne ont commencés à circuler de plus en plus, et Lance Smith a été approché par Banter Media and Management pour devenir mon manager. Lorsque j’ai engagé Lance comme manager, j’ai commencé à recevoir des offres de labels plus importants qui voulaient sortir mon album. Je ne peux pas annoncer quoi que ce soit d’officiel pour l’instant, mais je tiendrai tout le monde au courant au moment venu. [entre temps, il a signé sur Fat Possum]

Qu’est-ce que tu citerais comme influence majeure concernant ta musique ? (ça peut être une histoire, un film, un album, un artiste, un groupe, ta mère, ou n’importe quoi, tant que ça te vient à l’esprit !)

D’un point de vue musical ou artistique, Cocteau Twins a clairement été une inspiration majeure dans la manière dont je vois et interprète la musique. J’ai aussi eu un oncle qui s’appelait Terry qui m’a toujours encouragé à développer mes capacités musicales. Il est décédé en 2007, mais je sais qu’il serait fier de me voir poursuivre ma passion. Et des films… j’adore les films (rires) ! Mon film préféré est Seul au monde… pas vraiment sûr que ça ait vraiment un impact sur la musique que j’écris, mais j’aime bien penser que oui.

Je lis souvent que Youth Lagoon est catalogué “lo-fi”, à cause de la qualité médiocre de l’enregistrement. Est-ce que c’est une appellation avec laquelle tu es à l’aise ? Comment tu te décrirais ?

Je suis tout à fait à l’aise avec ça. L’album a été intentionnellement enregistré ainsi. J’ai travaillé avec un ami à moi, Jeremy Park, qui est un ingénieur du son absolument incroyable. Nous avions les ressources à portée de main pour faire un album avec un son très clair, mais ce n’est pas ce dont j’avais envie. Je fais de la musique avec l’idée de transmettre mes pensées en chansons, et mes pensées ne sonnent pas « claires » lorsqu’elles sont dans ma tête. Alors je ne voudrais pas que mon album sonne différemment. Le processus d’enregistrement était amusant, parce que tout était tellement sporadique… tout a été fait au feeling.

Tout le monde semble parler de toi ces derniers temps. J’ai vu que tu avais reçu un Best New Music sur Pitchfork pour July. Est-ce que tu t’attendais à toutes ces réactions positives lorsque tu as commencé à enregistrer tes morceaux ?

Je ne m’y attendais pas du tout ! (rires) Surtout aussi rapidement ! A vrai dire, je suis toujours surpris qu’autant de gens puissent se reconnaître dans ma musique, mais ça me réjouis énormément !

Par le passé, beaucoup de magazines musicaux ont créés des scènes ou des genres musicaux de toutes pièces, juste parce qu’une poignée de groupes venaient du même endroit, même s’ils sonnaient totalement différemment. De nos jours, les bloggeurs musicaux ont tendance à faire la même chose avec des artistes et des groupes, à partir d’internet (l’exemple le plus récent est le buzz “Chillwave”). Est-ce que tu te sens musicalement connecté à certains groupes ou musiciens actuels ?

Je pense que oui, au moins un peu. J’écoute et j’aime beaucoup de groupes récents, comme Lower Dens ou Twin Sister, pour en nommer deux, alors je dirai volontiers que je suis musicalement connecté, d’une certaine manière. Mais ce n’est pas une chose à laquelle je réfléchis vraiment. La musique est la musique. Personnellement, je n’aime pas les genres, ou l’idée de regrouper un tas de groupes ensembles… la musique devrait être libre, et personnelle. Mais je n’ignore pas le fait que la musique évolue constamment et que tout le monde est impliqué ensemble dans cette évolution.

D’un point de vue personnel, comment internet (et en particulier les blogs ou les réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter) a-t-il eu un impact sur la manière dont tu partages et promeus ta musique ?

Je pense que d’un certain point de vue, c’est génial. Les gens peuvent être informés très facilement sur ce qui se passe. C’est une nécessité à l’heure d’aujourd’hui. Mais d’un autre côté, j’ai l’impression qu’internet a poussé certaines personnes à considérer les choses comme acquis. Par exemple, c’est tellement facile de télécharger des albums toute la journée… Mais les gens l’ont pris pour acquis. Au lieu de tomber amoureux d’un album en particulier, les gens le laissent tomber pour passer au next big thing.

Des projets pour le futur de Youth Lagoon ?

Je prévois de travailler très très dur. Je vais faire une tournée et continuer d’écrire pour mon prochain album.

L’album sortira forcément un jour, on verra bien quand. En tout cas, moi, je suis très pressé de l’avoir enfin entre les mains.

[ mise à jour septembre 2011 : l’album est effectivement sorti, et il est juste merveilleux. Vous pouvez l’acheter par ici ]