Chronique : Twin Shadow – Forget

Parlons un peu de Forget, le premier album de Twin Shadow. Si vous avez de la chance, vous l’avez peut-être vu traîner à Paris samedi, ou à Nantes vendredi. Pour les plus chanceux, il sera à Bruxelles dimanche prochain. Mais rentrons dans le vif du sujet.

Twin Shadow, à la base, c’est un monsieur de 26 ans appelé George Lewis Jr. En ce moment, allez savoir pourquoi, j’aime beaucoup les mecs qui enregistrent leurs albums tout seuls dans une chambre (ça a commencé avec Wild Nothing, Beach Fossils, Ariel Pink, et ces derniers temps, ça a explosé. Ces dernières semaines, je vous ai présenté Craft Spells et Neon Indian qui rentrent aussi dans la même configuration !). Il est né en République Dominicaine, et a déménagé en Floride durant son enfance. Petit, il voulait devenir prêtre. Mais il a abandonné l’idée quand il a découvert la guitare. Après avoir fait un petit tour en Europe, il s’établit à New York, où il fonde Twin Shadow en s’amusant avec le synthé de son colloc.

A voir sa tête, pourtant, on ne s’attend pas à grand chose. Il ressemble plus à l’idée qu’on se fait du crooner/guitariste mexicain en sombrero qui vient jouer aux noces de diamant de vos grands parents qu’à un petit génie de la pop. Et pourtant… Avec Twin Shadow, on se balade à nouveau en territoire 80’s. Genre, sur certains morceaux, on croirait entendre les Cars (essayez avec For Now). Il arrive à compiler et mixer tous les trucs que je trouvais absolument ringard il y a encore quatre ans, et me les faire aimer.

Au départ, je me devais de détester ce disque, avant même de l’avoir écouté. Pourquoi ? Question de principe et de fidélité. Parce qu’il est produit par Chris Taylor, de Grizzly Bear. Dans la querelle Grizzly Bear/Animal Collective, j’avais fini par prendre partie pour Animal Collective. Alors je ne pouvais pas aimer un disque produit par un membre de Grizzly Bear, question d’éthique.

Bien entendu, je me suis ravisé. Aujourd’hui, j’écoute Grizzly Bear et Animal Collective. Et Forget est un disque tellement excellent que j’en oublie que j’étais sensé le détester. Même si l’album regorge de synthés, de beats, de sons peut-être un brin désuets pour 2011 (comme tout un tas de « clap », genre), il est également porté par d’excellents morceaux et des mélodies imparables. Dans le fond, tout l’attirail 80’s ne sert que d’habillage à toute la qualité mélodique de base.

Tantôt, Forget joue dans la mélancolie (prenez par exemple I can’t wait, Tyrant Destroyed, ou Forget), tantôt il donne davantage de groove pour jouer dans la cour du beat plus direct, rapide, et dansable (avec At my heels, When we’re dancing, ou le tube Castles in the snow). Si je devais donner une couleur à ce disque, ce serait une couleur très vive, limite fluo ; mais un fluo pas très net, plutôt du genre très délavé par la mélancolie. C’est de la pop un peu rétro et nostalgique, qui pourtant sonne très moderne et actuelle.

De nos jours, les films pour ados n’ont plus la force et la beauté d’un Breakfast Club ou d’un Sixteen Candles. Il faut jouer dans le démonstratif et le total trash, ou alors dans le puritanisme à la Walt Disney. On ne cherche plus à toucher l’esprit de l’adolescence dans son essence, et à viser l’intemporel.

Et c’est bien dommage, car Twin Shadow, avec ses mélodies infaillibles et sa mélancolie festive aurait pu faire une excellente bande son pour un film de ce genre.

Cependant, en attendant que Dieu ne se décide à ressusciter John Hughes, Twin Shadow nous permettra toujours de nous plonger dans cette atmosphère onirique et rafraîchissante.

Morceaux choisis : I can’t wait, When we’re dancing, Castles in the snow, At my heels, Slow

Pour écouter sur Deezer, c’est par là !
Pour Spofity, c’est plutôt par ici !