Chronique : Neon Indian – Psychic Chasms

Aujourd’hui, j’aimerai vous parler d’un disque en particulier. Il est sorti depuis 2 ans, et il est génial. Il s’agit de Pychic Chasms de Neon Indian !

Neon Indian, à la base, c’est un monsieur tout seul, qui s’appelle Alan Palomo. Il est né au Mexique, et il a déménagé aux Etats Unis quand il avait six ans. Son premier projet électro pop, Vega, a réussi à faire parler de lui par d’excellents concerts et par la controverse Crystal Castles. Mais quand il s’est retrouvé dans une phase d’isolation créative intense suite à son déménagement à Austin, ses nouvelles compositions ne cadraient pas du tout avec Vega (je vous invite d’ailleurs grandement à écouter le EP Well Known Pleasures, si vous arrivez à le trouver et que vous êtes branchés par l’électro/house. Un titre dispo par ici).

 

Alan s’est mis à composer de nouveaux trucs sous le nom de Neon Indian et à les sortir sur internet. Tout un tas de blogs se sont accaparés l’affaire, n’hésitant pas à le comparer au « futur MGMT » (oui, vous pouvez rigoler). Ils n’ont pas non plus hésité à le mettre en parallèle avec d’autres groupes et artistes du même style, sous une étiquette qui allait faire couler beaucoup d’encre. On était en 2009, et c’était l’été de la hype chillwave.

Chillwave ?

Pour mettre les choses au clair, la chillwave est avant tout une invention médiatique. Autrefois, les magazines inventaient des genres inexistants en mettant sous un même terme des groupes qui n’avaient rien à voir, mais qui venaient d’un même lieu (vous voulez un exemple ? Le « grunge », c’est quoi, sérieux ?!). Aujourd’hui, les magazines papier perdent de leur influence, mais les webzines et les blogs musicaux continuent. La chillwave n’est rien d’autre qu’un genre inventé de toute pièce par les blogs à la lumière d’un groupe d’artistes qui ont émergés fin 2008/début 2009. Bien sûr, on peut clairement distinguer des ressemblances entre tous ces groupes.

Ils ont hérité du shoegaze une volonté de créer une ambiance mélodique plutôt qu’une chanson pop (c’est particulièrement le cas pour Washed Out, l’un des héros du genre). Ils empruntent à Ariel Pink son goût de l’amateurisme lo-fi et aux années 80 leurs synthétiseurs. Si la chillwave est un sous-genre de la musique électronique, cette dernière cherche à se détacher diamétralement de la tyrannie du rythme qu’on trouve notamment dans l’électro française, Justice en tête. Pour la galaxie chillwave, c’est la mélodie qui doit l’emporter sur le rythme. Son esthétique est relativement passéiste et vintage, faite de films Super 8, de photos Polaroïds, et de t-shirts de gamins de 8 ans. Ont été classés dans cette catégorie : Washed Out, Toro Y Moi, Neon Indian, Memory Tapes, Teen Daze (pour les meilleurs), mais aussi Memoryhouse ou Craft Spells (qui, bien qu’excellents, n’ont pas grand chose à voir avec les autres groupes susnommés).

Personnellement, j’ai découvert Washed Out en janvier 2010, et le reste de la mouvance chillwave, y compris Neon Indian, durant l’été 2010, dans différents articles anti-chillwave. Oui, parce qu’il faut savoir qu’après avoir été encensée par une grande partie de la blogosphère durant l’été 2009, la chillwave a été décriée dès les premiers jours de 2010 comme une imposture, sous-genre inutile et éphémère, invention inexistante, composée d’artistes inutiles et passéistes sans intérêt. On touche là à la limite des phénomènes de hype et les modes cycliques sur les blogs musicaux indépendants, capables d’élever aux nues un artiste pour le descendre 3 mois plus tard une fois que le courant a tourné. Car, au final, qu’est-ce qui importe, que Neon Indian soit cool et branché, ou que Psychic Chasms soit un très bon disque ?

Et Psychic Chasms l’est pour du vrai. Peut-être est-ce dû au fait que j’ai vécu les premières années de ma vie dans les années 80 et au début des 90’s et que Neon Indian me rend nostalgique des sons des dessins-animés de mon enfance. Peut-être est-ce dû aux soirées où je m’amusais à jouer en cachette avec le synthé de ma sœur pour en sortir des sons pas possibles quand j’avais 6 ans. Peut-être est-ce dû au fait que j’ai découvert Neon Indian en même temps qu’Ariel Pink, lui-même grand amateur de sons gentiment désuets, et que du coup j’étais préparé à ça. Ou bien que dans les années 90, dans les églises, on aimait beaucoup les synthés et les saxophones cheesy (j’ai des preuves !). Mais il y a quelque chose chez Neon Indian qui m’est étrangement familier.

Neon Indian, c’est un peu la musique du futur que l’on s’imaginait lorsqu’on était gamin en 1993, avec tout ce que ça peut avoir aujourd’hui de rétro et de vintage. Ca rappelle les matinées à regarder Code Lisa sur Antenne 2, à jouer à Prince of Persia sur Macintosh Centris 610 à la maison, ou à Sonic sur Megadrive chez les copains. Ca rappelle les sons de la Game Boy, ou la sensation de voir Tron pour la première fois.

A l’adolescence, pourtant, j’ai toujours été du genre à préférer les guitares aux synthés. J’ai tourné le dos à Daft Punk et son ambiance Albator pour les Strokes, et le post-punk. La musique rock sortait des tripes, elle me semblait davantage venir du cœur que  la rationalité des machines électroniques. Mais avec Neon Indian, et tout un tas de bonhommes qui semblent remettre les claviers et les machines en valeurs ces derniers temps, on est face à quelque chose de plutôt nostalgique, qui a énormément de cœur, qui assume son sentiment de nostalgie et son rétro futurisme.

Psychic Chasms nous permet d’imaginer un futur différent de l’apocalypse que les blockbusters ou les infos nous proposent, un futur où il est simplement possible de passer la journée au bord d’un lac main dans la main, loin des tracas du monde, connecté les uns aux autres par une entité cybernétique au bout de nos 10 doigts, avec le Smartphone dans une main et l’Hoverboard dans l’autre. C’est dans ce monde que nous transporte Neon Indian, avec sa pop expérimentale et nostalgique, fabriquée à partir de sons étranges à l’esthétique de VHS. Alors peut-être que la chillwave n’est plus hype, n’est plus cool, dans le vent, et tous ces machins. Mais Psychic Chasms est un excellent disque, et ça donne franchement envie de s’en balancer, de la hype.

Ariel Pink, dans son grand manifeste “Hardcore Pops are Fun”, chantait “Pop music is free for you and me“. Plus que jamais, je crois qu’Ariel a raison. La musique pop doit pouvoir être libre de la hype, des blogs musicaux et du regard des autres. Elle a juste à être une expérience subjective d’un bonheur intense, aussi éphémère soit-elle. Mes petits-enfants n’écouteront sans doute pas Psychic Chasms, et il y a peu de chances que ce disque marque l’histoire. Mais dans le fond, on s’en fout un peu.

Comme dirait Ariel, “it’s just like chewing gum !

Morceaux choisis : Should have taken acid with you, Psychic Chasms, Terminally Chill, Mind, Drips, Laughing Gas … tous ?

Pour l’écouter sur Deezer, c’est par ici.
Si vous êtes encore branchés sur Spotify, c’est par là.