Chronique : Girls – Album

Je ne sais pas chez vous, mais il commence à faire beau et chaud, par ici. Le Soleil est de retour, et avec lui les lunettes noires et les couples qui pullulent. C’est donc en toute logique que le disque du jour a un lien avec le Soleil et la mer… Et pour un album, il porte bien son nom, puisqu’il s’appelle… Album !

Qui est-ce ?

Le groupe dont il est question, c’est Girls. Non, ce n’est pas un groupe de filles, désolé. Je les ai découvert en 2009, comme beaucoup de monde, avec le clip de Lust for life. Le disque m’est un peu passé à côté à ce moment-là, j’appréciais bien quelques morceaux (Lust for life et Morning Light, pour être honnête), mais grosso-modo, je trouvais ça un peu mou, limite chiant. Aujourd’hui, j’ai totalement changé d’avis.

A la base, Girls, c’est un duo. Christopher Owens et JR White. Regardez comme ils sont beaux.

 

Christopher Owens, c’est le genre de mec qui a eu une vie qu’on peut qualifier de trash. Il a grandi dans une secte (les Children of God), où il n’avait pas le droit d’écouter de musique, ni d’avoir de vrais contacts avec le monde tel que nous le connaissons. Son grand frère est mort d’une pneumonie, parce que le mouvement auquel sa mère appartenait refusait les consultations médicales. Son père est parti. Il n’est jamais allé à l’école. Il a été trimbalé dans le monde entier (à travers toute l’Asie, puis l’Europe), et s’est enfuit à l’adolescence. Il a erré, en dormant dans les parcs, a voyagé dans les Etats Unis en stop, puis, il a rencontré un type riche, Stanley, qui l’a aidé, soutenu pendant 4 ans, et grâce à Stanley, qui a été comme un père d’adoption, il s’en est sorti. Il est parti en Californie, a rencontré Ariel Pink et a participé à son groupe éphémère Holy Shit. Il a quitté le groupe pour fonder le sien avec sa copine, qui l’a largué en disant que ses chansons était « merdiques » (je cite). Il s’est fait épauler par son meilleur ami, JR, qui a produit ses morceaux. Et c’est comme ça que Girls est né.

Album

D’emblée, l’album s’ouvre avec l’hymne Lust for life, qu’il fait bon d’écouter ces jours-ci. C’est rempli de bonne humeur, de Soleil, et ça donne envie de faire un tas de trucs chouettes à San Francisco (ville d’adoption du groupe). Et pourtant, la chanson est, dans le fond, remplie de tristesse et d’amertume. Christopher l’a écrite alors que son ex l’avait larguée, et qu’il était jaloux de toutes les choses qu’elle avait et qu’il s’estimait le droit d’avoir aussi – quelqu’un dans sa vie, du vin, de la pizza, une maison à la mer, un père… Dans le fond, Lust for life est une chanson qui parle de solitude.

Vous êtes d’emblée rentrés dans toute l’ambiguïté de ce disque. Si les mélodies sont simples et pop, les basses très rondes, il s’en dégage toujours un sentiment de mélancolie, de nostalgie, et d’une certaine tristesse. Pour avoir vu Girls en live en juillet dernier, avant de connaître toutes les histoires de Christopher Owens, on peut sentir chez lui un côté troublé, un air de timidité, une certaine tristesse. Et ça rend la performance à la fois troublante et attachante.

On trouve des morceaux excessivement profonds et bouleversants (je pense en premier lieu à Hellhole Retrace ou Lauren Marie, ou encore la fin de Summertime et cette guitare magnifique qui joue toute seule avec une reprise finale), et d’autres chansons très pop et directes, comme Big Bad Mean Mother Fucker, qui sonne un peu comme du Beach Boys saturé. Ici et là, le groupe s’autorise un bon déluge de son, comme sur Morning Light – l’un de mes meilleurs souvenirs de concert de ma vie (aaaah, Metz, les Trinitaires, le Soleil, la compagnie de gens merveilleux… !). Dans le fond, ce que j’apprécie le plus dans Album, c’est qu’à chaque écoute, je le redécouvre un peu comme si c’était la première fois que je l’écoutais. Sûrement dû au fait que j’ai mis du temps à l’apprécier.

Tous les jours, je suis un peu accompagné par Girls. La setlist du concert est affichée dans mes toilettes, à côté d’autres setlists de concerts géniaux. Alors j’espère que vous jetterez une oreille à ce disque merveilleux, que vous lui donnerez une seconde chance comme j’ai pu le faire, et qu’il puisse vous accompagner vous aussi tous les jours, dans les instants de Soleil qui arrivent, et pour le restant de votre vie.

Pour écouter le disque sur Spotify, c’est par ici
Pour l’écouter sur Deezer, c’est par là

Morceaux de prédilection : Hellhole Retrace, Morning Light, Lust for life, Summertime, Big Bad Mean Mother Fucker, Lauren Marie, … tous ?

Cet article est dédié à @dirty_boot (grâce à qui j’ai pu les voir à Metz) et @CosmicAnais (qui en est très fan). Si vous traîner sur Twitter, il faut absolument les suivre, ils sont géniaux, et je les aime beaucoup.